Le mois de l’histoire des femmes : les femmes comme personnes

Émilia Oliver | École secondaire catholique Thériault
Émilia Oliver | École secondaire catholique Thériault
Tapage

En 1992, le gouvernement du Canada a désigné octobre comme mois officiel de l’histoire des femmes. Il s’agissait de marquer «le début d’une célébration annuelle d’un mois des réalisations exceptionnelles des femmes et des filles tout au long de l’histoire du Canada». La célébration ne semble pas avoir pris son envol. Peut-être parce qu’octobre se vantait déjà d’Action de grâces et d’Halloween comme ses fêtes caractéristiques?

Néanmoins, il existe un site web gouvernemental où l’on peut consulter une chronologie des femmes dans l’histoire du Canada. Cette chronologie inclut quelques noms familiers, tels que Laura Secord et Roberta Bondar, ainsi que certains évènements importants, tels que «1918 : Certaines femmes obtiennent le droit de vote aux élections fédérales» et «1929 : Les femmes sont déclarées comme des personnes». 

La chronologie parle de luttes passées, décrivant ce qui était de grandes réalisations à leur époque, mais qui semblent lointaines et sont tenues pour acquise maintenant. Nous sommes une génération à qui on a toujours dit que la seule différence entre les femmes et les hommes est ce que nous faisons, qu’il n’y a pas d’avantages et pas de différences entre nos opportunités. Au moins au Canada. 

Grandissant dans un pays comme le nôtre, il est facile d’oublier qu’être née fille est encore dangereux dans plusieurs endroits. Récemment, cela nous a été rappelé avec les évènements qui se sont déroulés en Afghanistan à la suite de la résurgence des talibans. 

Au cours des 20 dernières années, grâce à la présence d’un gouvernement soutenu par les États-Unis, on leur a dit aux femmes afghanes que l’éducation était une voie de sortie de la pauvreté, que de travailler fort apporterait des récompenses et que le talent devait être cultivé ainsi qu’apprécié. Du jour au lendemain, tout cela a cessé d’être vrai et de nombreuses filles se sont retrouvées face à un choix : rester dans leur pays et devenir des ménagères obéissantes ou partir. La décision devait être prise en quelques heures et le départ devait se faire seul, dans un avion vers une destination inconnue, sans plan pour le lendemain. 

Nous avons très peu entendu parler des filles qui sont restées en Afghanistan. De ce que nous savons, en ce moment, seulement l’éducation primaire est permise, car les enseignantes continuent de négocier avec les talibans pour rouvrir les écoles secondaires pour les filles. Les garçons sont toujours autorisés à poursuivre leurs études à tout âge. 

Les filles qui sont restées en Afghanistan ne semblent pas avoir de moyen pour se faire entendre. Cependant, nous avons entendu parler de ce que l’équipe de robotique féminine afghane a accompli à l’échelle internationale et qui a trouvé refuge au Mexique; de l’équipe de soccer féminin afghane qui s’est installée au Portugal; des centaines de filles réfugiées qui s’installent en Saskatchewan. Il semble qu’elles ont toutes senti que quitter l’Afghanistan était le seul moyen de poursuivre leurs rêves. Avec un tiers des filles afghanes mariées avant l’âge de 18 ans, elles avaient probablement raison.

Tout cela nous donne une nouvelle perspective lorsqu’on consulte le site web du gouvernement du Canada. Je suis reconnaissante que toutes ces femmes aient décidé de rester ici et de se battre pour être reconnues comme des personnes. Je suis reconnaissante d’être née «personne», même si je suis une femme. Je suis reconnaissante que je ne savais pas que j’avais des raisons d’être reconnaissante.