La génération COVID

Émilia Oliver | École secondaire catholique Thériault
Émilia Oliver | École secondaire catholique Thériault
Tapage

J’ai 16 ans et je vis dans une petite ville au nord de l’Ontario, où les quelques choses que nous avions à faire ont été annulées à cause de la COVID. Alors que j’essaie de suivre l’état de la pandémie en Ontario, je me retrouve à penser au frère ainé de mon grand-père, qui avait presque mon âge lorsqu’il a quitté la maison pour aller se battre dans la Deuxième Guerre mondiale. 

À 17 ans, il était trop jeune pour s’enrôler dans l’armée, mais il a entendu dire qu’ils avaient besoin de gens à Varsovie, en Pologne. Ses amis et lui ont donc quitté leur petit village et sont allés défendre leur pays. Lorsque la guerre a été finie, seulement un des garçons est revenu. Nul ne sait ce qui était arrivé aux autres. Ils n’ont jamais atteint l’âge de 18 ans. 

Cette histoire me hante. 

Lorsque je m’assois sur le divan de mon salon, en train de me faire féliciter pour «avoir fait ma part» — ce qui signifie vraiment de n’avoir rien fait — je ne peux m’empêcher de penser à quel point ma situation actuelle va à l’encontre de mon désir d’avoir un impact et de changer le monde. 

Je pense à toutes les fois où ma génération a essayé de se battre pour quelque chose, comme les changements climatiques ou la justice sociale, mais nous nous sommes fait dire à chaque fois qu’il n’y avait pas les ressources pour faire face à ce qui était important pour nous. 

Maintenant, notre avenir est consacré, sans hésitation, à une pandémie. Nous sommes censés être reconnaissants de pouvoir être en sécurité à la maison, mais je ne le suis pas. 

J’aimerais qu’il y ait une cause à laquelle je pourrais contribuer, ou du moins j’aimerais que les adultes comprennent à quel point il est difficile pour les adolescents de sacrifier tant de choses pour une pandémie qui ne nous fait pas vraiment peur. 

Je repense à mon grand-oncle. Je me demande si, à 17 ans, il avait peur de la guerre. Je me demande si c’était tout aussi difficile pour lui de rester chez lui pendant que des bombes tombaient sur d’autres pays. Je me demande s’il sentait que c’était son devoir ou si c’était une aventure. Je me demande s’il a pensé qu’il mourrait peut-être. 

Non, je n’aimerais pas qu’il y ait une guerre pour pouvoir me prouver, mais j’espère vraiment que je ne perds pas complètement mon désir de me prouver pendant que je suis assise sur le divan de mes parents. 

Le jour viendra où ce sera au tour de ma génération de gérer le monde et pour cela, nous devons vraiment apprendre à accomplir des choses. Je me demande si, lorsque nous sortirons enfin du confinement dans quelques années, quelqu’un va critiquer à nouveau ma génération de se soucier que des choses superficielles et des médias sociaux, puisque c’est tout ce que nous avons en ce moment.