Un «passeport de l’immunité» : fausse bonne idée?

Agence Science-Presse
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Alors que plusieurs États commencent un déconfinement progressif, comment éviter une 2e vague de l’épidémie? Une des solutions qui a circulé serait de fournir des «passeports d’immunité» aux personnes qui auraient déjà contracté la maladie, une chose qu’on pourrait en théorie déterminer grâce à des tests d’anticorps.

Ces documents permettraient à ces personnes de sortir du confinement pendant que d’autres attendraient qu’un vaccin soit au point. Or, il s’agit pour plusieurs d’une mauvaise idée : à ce stade-ci de la pandémie, il n’y a pas suffisamment de preuves de l’efficacité des tests d’anticorps et il n’est pas prouvé non plus qu’une personne qui a été contaminée par ce coronavirus est immunisée pour de bon, prévient l’Organisation mondiale de la santé (OMS).


« Il n’existe actuellement aucune preuve que les personnes qui se sont rétablies du Covid-19 et qui ont des anticorps sont protégées contre une deuxième infection. »
Organisation mondiale de la santé

L’OMS précise encore que les tests nécessaires pour un tel document devraient pouvoir établir une distinction entre les infections du SRAS-Cov-2 et celles des six coronavirus passés — quatre d’entre eux causent le rhume commun et deux virus ont été responsables des épidémies du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) et du MERS (syndrome respiratoire du Moyen-Orient).

Il faut rappeler que le développement de l’immunité est un processus qui prend du temps. Tout d’abord, il y a une réaction immédiate dans laquelle nos différents «soldats» — les macrophages, les neutrophiles, les cellules dendritiques — ralentissent la progression du virus et peuvent même l’empêcher de causer des symptômes. Ensuite, on assiste à une réponse adaptative où le corps fabrique des anticorps liés spécifiquement à ce virus — des protéines nommées immunoglobulines.

Notre corps fabrique aussi des cellules T chargées de reconnaitre et d’éliminer nos propres cellules infectées par le virus. Cette réponse combinée peut éliminer le virus de l’organisme et prévenir la progression vers une maladie grave. De plus, comme le système immunitaire se «souvient» de cet intrus, cela peut, dans le futur, empêcher la réinfection par le même virus. C'est cette dernière possibilité qui est souvent mesurée par la présence d’anticorps dans le sang.

La plupart des études sur l’actuelle pandémie de coronavirus montrent que les personnes rétablies ont développé des anticorps, mais certains patients en ont des niveaux très faibles dans leur sang. Pour l’instant, aucune étude n’a démontré que le fait d’avoir ces anticorps contre le SRAS-Cov-2 conférait une immunité à long terme à ce virus.

De nombreux pays testent en ce moment cette présence d’anticorps au sein de leur population ou de groupes spécifiques. L’objectif est de mieux connaitre le pourcentage de personnes présentant d’ores et déjà ces anticorps détectables du COVID-19.