Commet briser l’isolement sans internet?

Plusieurs membres des clubs d'âge d'or n'ont pas d'adresse courriel.

La population plus à risque pendant le combat contre la propagation de la COVID-19 est aussi celle qui est plus difficile à contacter par les organismes prestataires de services. Une discussion en ligne entre des membres de la Fédération des ainés et retraités franco-ontariens (FARFO), région Moyen-Nord, le 26 mars a mis en lumière les difficultés de communication avec une partie des gens plus âgés.

Les représentants de club d’âge d’or signalent qu’environ la moitié de leurs membres ont une adresse courriel ou la consultent. Dans plusieurs cas, il faut simplement prendre le téléphone afin de rejoindre les membres ou les clients pour vérifier s’ils ont besoin de quelque chose. Certains centres de santé communautaire doivent en faire autant.

Il est également difficile, voire impossible, pour plusieurs ainés de changer leurs rendez-vous médicaux en une rencontre par vidéoconférence, une demande de plus en plus courante de la part des médecins.

Pour le Centre Club d’âge d’or de la Vallée, cette fermeture temporaire cause un problème de plus, rapporte la présidente Jeannine Blais. On y offrait les soins des pieds une fois par semaine, un service important pour les diabétiques, entre autres. Avec la fermeture du centre et des salons d’esthétiques, les membres ont peu d’autres options et Mme Blais s’inquiète pour eux.

Pour ceux qui peuvent quand même sortir, l’accueil n’est pas toujours cordial. «Si je vais au magasin, on me regarde comme un extraterrestre. Comme si on avait la peste», rapporte le président du Club 50 de Raydside-Balfour, Oliva Roy, aussi président de la région Moyen-Nord de la FARFO.


« Si je vais au magasin, on me regarde comme un extraterrestre. Comme si on avait la peste »
Oliva Roy, président du Club 50 de Rayside-Balfour

L’entraide devient importante, aussi bien venant des plus jeunes membres de la famille que des amis qui peuvent approvisionner les plus âgés. L’administrateur du Club Amical du Nouveau Sudbury, Pascal Gauthier, a d’ailleurs remarqué une saine solidarité entre ses membres.

Mode réaction

Le Réseau du mieux-être francophone du Nord de l’Ontario tente d’établir un inventaire des services disponibles pour les ainés afin de partager l’information.

Par contre, l’agente de planification et d’engagement communautaire pour la région de Sudbury/Manitoulin/Parry Sound, Frédérique Dallaire-Blais, constate que plusieurs organismes sont en mode réaction et très peu de choses sont prêtes. Elle s’attendait à ce que plus de services soient en place cette semaine, mais les services en français ne semblent pas prioritaires.

L’autre défi, selon elle et l’infirmière basée à Strugeon Falls, Céleste Proulx, sera de rejoindre les ainés qui ne sont pas clients d’un organisme ou sur une liste existante.

Briser l’isolement dans la tourmente

Inspirée d’une expérience albertaine, la FARFO rejoint la Fédération des ainées et ainés francophones du Canada (FAAFC) pour lancer la plateforme ConnectAinés à travers le pays. Le lancement était prévu pour le mois de mai, mais ils tentent de le faire en avril pour répondre aux nouveaux besoins créés par la crise de la COVID-19.

ConnectAinés est un programme téléphonique (1-855-703-8985) ou en ligne (connectaines.ca) gratuit. Il offre des activités récréatives, de l’information sur des sujets comme la santé et le bienêtre ainsi que des conversations amicales en français pour les personnes de 50 ans et plus sur des thèmes aussi diversifiés que l’optimisme et les souvenirs d’école.

ConnectAinés brise l’isolement, l’assistante en développement de projets à la Fédération des ainés franco-albertains (FAFA), Nicolette Horvath, en est convaincue. «C’est très utile. Ça permet de contacter entre 3 et 6 personnes à la fois. Ça dure entre 30 et 60 minutes, une fois à toutes les deux semaines.»

(Informations sur ConnectAinés recueillies par André Magny - Francopresse)

Nicolette Horvath présentant, le 6 février dernier, le projet ConnectAinés au Manoir Saint-Joachim d’Edmonton pour les résidents francophones.