Réjean Grenier
Le Voyageur
Réjean Grenier
Le séminaire des Sulpiciens à Montréal.
Le séminaire des Sulpiciens à Montréal.

Un pan d’histoire en péril

Lettre ouverte au ministre de Patrimoine canadien pour sauver une collection d’objets rares.

À l’honorable Steven Guilbeault

Ministre de Patrimoine canadien

Ottawa


Monsieur le ministre,

Le journal Le Devoir publiait récemment un article qui décrit une «catastrophe patrimoniale appréhendée». Il s’agit de la décision des dirigeants colombiens des prêtres de St-Sulpice de licencier les responsables de l’entretien des biens immobiliers des Sulpiciens du Canada. Cette décision de la part de dirigeants étrangers met en péril des œuvres d’art ainsi que des archives irremplaçables pour comprendre l’histoire du Canada. Je crois que votre ministère pourrait, et devrait, en collaboration avec des institutions publiques et privées, intervenir afin d’assurer la pérennité de cette collection.

Dans son article, le journaliste Jean-François Nadeau décrit brièvement ce trésor de notre histoire. Il écrit que depuis 1657, les Sulpiciens ont accumulé une vaste collection de livres rares, d’œuvres d’art, de pièces liées à la vie autochtone, d’objets de culte, d’une importante collection de monnaies ainsi que d’instruments scientifiques d’époque. Sans les spécialistes qui s’en occupaient, ces objets risquent d’être endommagés, perdus ou même volés.

En tant que plus haut responsable du patrimoine canadien, j’imagine que vous êtes déjà au courant de cette situation. Je présume aussi qu’en tant que député d’une circonscription montréalaise, ce désastre en devenir vous interpelle. Historien de formation et journaliste de carrière, je partage cette inquiétude. Il m’est impossible de laisser passer un tel accroc à notre devoir de mémoire collective. Et j’ose croire que vous pensez de même.

Vous avez, Monsieur le Ministre, l’autorité et les contacts pour lancer une opération de sauvetage de ce pan d’histoire. Dans cette optique, je vous offre humblement quelques pistes de solution.

Votre ministère étant responsable de tout ce qui touche à la muséologie et aux beaux-arts au Canada, il me semble que vous pourriez engager les institutions dont c’est la raison d’être pour se pencher sur un plan de sauvegarde de ces artéfacts. Je verrais très bien le Musée des beaux-arts du Canada ainsi que le Musée canadien de l’histoire jouer un rôle dans cet effort.

La participation du Québec à une telle entreprise étant primordiale, vous êtes aussi bien placé pour convaincre vos homologues du gouvernement québécois de mettre aussi la main à la pâte. J’imagine que le récent article du Devoir a probablement déjà déclenché le branlebas de combat dans les officines québécoises liées à la conservation du patrimoine. Cette province compte d’ailleurs plusieurs institutions dont l’expertise pourrait aussi être sollicitée. Une collaboration Canada-Québec serait bienvenue et bien vue.

Une telle opération nécessitera certainement un financement adéquat, mais je pense qu’une bonne campagne de relations publiques pourrait obtenir l’aval des Canadiens pour cette dépense. Et qui sait, peut-être même de généreux dons de la part de philanthropes concernés par notre héritage collectif.

En terminant, je crois qu’un tel projet pourrait unifier les Canadiens de toutes origines en faisant comprendre comment notre pays s’est construit.

Pour ma part, je reste disponible pour appuyer ce projet. Je vous souhaite bonne chance et vous prie d’agréer l’expression de mes meilleurs sentiments.

Réjean Grenier, éditorialiste

Journal Le Voyageur