Nous n’avons plus les moyens pour le libéralisme économique

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur

Le libéralisme économique coute trop cher. Il coute une fortune en malnutrition, en pauvreté, en problèmes de santé mentale, en sans-abrisme, en problèmes environnementaux, en lutte contre la criminalité...

Le chacun pour soi, le «au plus fort la poche», n’est plus représentatif des aspirations d’une société qui rêve d’égalité entre genres et ethnicités. Les systèmes de soutien et de survie du passé — tribu, village, famille — ne sont plus là pour nous aider à passer à travers les épreuves de la vie — qui sont parfois créées par le conservatisme économique. On peut se désoler de ces disparitions, mais on ne peut rien y changer à court terme. 

Ainsi, la société en général, et le gouvernement par extension, est devenu ce système de soutien, cette tribu qui nous permet de nous relever. Elle nous aide à trouver une gardienne, à éduquer nos enfants, à prendre soin des malades, de ceux qui sont blessés et qui ne peuvent plus participer à la vie active du groupe, à ceux qui sont trop vieux pour le faire mais dont l’expérience est encore précieuse, etc.

Pourtant, chaque semaine, un nouveau rapport souligne le manque de ressource monétaire d’une partie de la tribu. Pas assez d’argent pour l’éducation. Les éducatrices en garderie, les préposées aux personnes âgées et les infirmières sont sous-payées. Les minorités n’ont pas les moyens d’assurer leur avenir. Un gouvernement change un programme qui fonctionnait relativement bien pour les familles d’enfants autistes pour leur donner «plus de liberté», mais leur coupe presque les vivres à la place. Les infrastructures municipales s’écroulent. Vous pouvez surement ajouter d’autres exemples vous-mêmes.

Tout ça coute cher. Malheureusement, les gouvernements qui se sont succédé à la tête du Canada — conservateurs et libéraux — ont été davantage obsédés par le libéralisme économique comme moyen de créer de la richesse. On le voit bien maintenant pourtant. Ce système privilégie les plus riches pour qu’ils continuent à s’enrichir, et rien d’autre. Parlez-en aux victimes de la crise des opioïdes. Parlez-en aux résidents des centres de soins de longue durée qui ont survécu à la pandémie. Parlez-en a...

Il ne fait pas croire que tout nationaliser est la bonne solution non plus. Même si les entreprises privées démontrent semaine après semaine qu’elles n’ont aucun égard pour la vie et la société, sauf s’il y a un effet sur leurs profits, les structures publiques ne sont pas à l’abri des abus, des fraudes et des exagérations. Nous n’avons pas besoin d’un gouvernement qui vend des boissons gazeuses.

Pour payer ce que nous oserons appeler besoins essentiels à la vie — environnement, logement, alimentation, éducation et santé —, il faut arrêter de rationaliser ces enveloppes budgétaires et augmenter les revenus des états par autre chose que le capitalisme à outrance. Toutes les mesures des dernières décennies étaient une variation du principe de diminution des revenus des états dans l’espoir que les plus radins partagent leur richesse. Si vous ne l’aviez pas encore remarqué : ils ne partagent pas et trouvent des moyens toujours plus stratosphériques d’éviter de partager.

Le changement doit être profond. Il faut changer notre façon de voir le monde. Il faut cesser de penser en termes de profit monétaire et considérer le profit humain. Les actions les plus bénéfiques à la vie et au bienêtre doivent être celles qui sont le mieux «récompensées». Une préposée aux bénéficiaires qui fait du temps supplémentaire devrait être plus à l’aise financièrement que le président d’une entreprise qui sous-paye les musiciens pour diffuser leurs chansons.