Négociations en éducation

Réjean Grenier
Réjean Grenier
Le Voyageur
Les portes des écoles ontariennes sont encore ouvertes, mais de justesse. Et peut-être pas pour très longtemps.

Une grève des 55 000 employés de soutien des conseils scolaires a été évitée grâce à une session marathon de négociation en fin de semaine. On doit féliciter le gouvernement et le syndicat qui ont réussi à trouver un compromis permettant à des centaines de milliers d’élèves de poursuivre paisiblement leurs études… pour l’instant. Parce que la saison des négociations en éducation ne fait que commencer et la paix est loin d’être assurée.

Les détails de l’entente intervenue tard dimanche soir ne seront connus qu’après le vote de ratification par les membres du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Ils doivent se prononcer cette semaine et les négociateurs syndicaux semblent croire que l’accord sera accepté.

Il faut dire que tout concordait pour qu’une entente soit conclue assez rapidement. Le syndicat avait plusieurs as en main. En déclenchant une grève en pleine période d’élection fédérale, il mettait le gouvernement conservateur de Doug Ford, qui ne veut pas nuire aux chances électorales de ses collègues conservateurs fédéraux, dans une position difficile. Sans compter qu’en dévoilant que le salaire moyen de ces employés est loin d’être faramineux, 38 000 $, le syndicat semblait avoir obtenu l’appui du public.

Mais les négociations les plus ardues, celles avec les syndicats d’enseignants, sont loin d’être terminées. Les deux parties ont commencé à échanger leurs positions d’ouverture, mais il reste encore plusieurs étapes dans le processus avant que les syndicats soient en position de grève, vers la mi-novembre.

Nous pouvons toujours espérer qu’il y ait entente sans arrêt de travail, mais ces pourparlers risquent d’être plus difficiles. D’abord, ils engagent plusieurs syndicats représentant un grand nombre d’enseignants. Les salaires des enseignants étant beaucoup plus élevés que ceux des employés de soutien, il y a dans ces négociations pas mal d’argent en jeu, donc plus de risques.

Deuxièmement, le gouvernement Ford a déjà annoncé des mesures qui ont mis les enseignants en beau fusil. Par exemple, les syndicats estiment que l’augmentation du nombre d’élèves dans les salles de classe jumelée à la décision de forcer les élèves à suivre des cours en ligne veut dire qu’il y aurait éventuellement 10 000 enseignants de moins en Ontario. Y’a évidemment pas un syndicat qui est prêt à voir ces effectifs réduits sans se battre.

S’il y a un espoir, c’est l’attitude récente du gouvernement Ford. Il y a bien sûr l’entente de la fin de semaine qui laisse présager une certaine souplesse. Il y a aussi plusieurs revirements annoncés par les nouveaux ministres qui semblent indiquer que le premier ministre Ford veut redorer son blason terni par ses décisions non réfléchies pendant sa première année au pouvoir. On peut penser au recul du gouvernement dans les dossiers de l’aide aux enfants autistes ainsi que des prestations d’aide sociale.

Nous espérons que les différentes parties présentement engagées dans les négociations en éducation fassent preuve d’autant de souplesse. Il en va du bienêtre de quelques 200 000 élèves.