Julien Cayouette
Le Voyageur
Julien Cayouette

L’UL doit arrêter de mettre la tête de ses étudiants dans le sable

Le très mauvais plan de communication de la Laurentienne crée beaucoup d'anxiété et de confusion

La fin de la semaine dernière a été remplie de bonnes nouvelles semi-contradictoires et non coordonnées au sujet de l’éducation universitaire en français. On peut directement blâmer le très mauvais plan de communication de l’Université Laurentienne entourant sa situation financière. 

En fait, il faudrait plutôt dire le plan de communication inexistant de la Laurentienne, qui plonge les professeurs, les étudiants, les futurs étudiants, les donateurs et la communauté dans son ensemble dans une anxiété frénétique qui, pour l’instant, fait plus de torts que de bien. Donnons-leur le crédit pour le site d’information, mais il ne répond pas aux questions les plus anxiogènes.

On peut très bien comprendre qu’il y a des aspects de la situation et des négociations qui doivent rester secrètes. C’est logique et normal. Mais comme plusieurs l’ont répété, la Laurentienne n’est pas une entreprise privée. Elle dépend de fonds publics et elle a un certain niveau de redevabilité à respecter. Ce qu’elle ne fait aucunement en ce moment.

Le recteur aurait dû être transparent avec ses objectifs dès le départ et préciser ce qu’il espérait accomplir et comment. Quels programmes sont visés et risquent de ne pas survivre?

En ce moment, tout ce que le manque d’information réussit à faire, c’est de créer de la confusion et détruire le peu de crédibilité qui reste à l’institution. 

Elle réduit même ses chances que son plan de restructuration fonctionne. Expliquons. Oui, l’objectif est certainement de couper dans les dépenses. Mais pour que les revenus demeurent, ça prend des étudiants. Or, ceux-ci doivent faire leur choix maintenant. Sans savoir quels programmes seront encore offerts en septembre, plusieurs vont faire le choix d’aller ailleurs en Ontario pour les quatre prochaines années. 

Mais ça, ce sont ceux qui ont les moyens d’aller ailleurs. Pour ceux pour qui la Laurentienne est la seule option, l’institution provoque chez eux un niveau de stress injustifié. 

Et que dire pour les étudiants inscrits. L’université n’a jamais dit si ceux qui avaient commencé un programme pourraient le terminer. 

Anxiété contagieuse

L’incertitude a dépassé les murs de l’Université et a atteint la communauté francophone qui craint de perdre le peu qu’elle a. Conséquence : des groupes se mobilisent et prennent des positions plus ou moins contradictoires pour répondre aux aspirations d’éducation des francophones.

D’un côté, la communauté francophone veut étudier les besoins en éducation universitaire dans le nord. De l’autre, l’Université de Sudbury dit être la solution. Il faudra attendre de voir si les deux visions sont compatibles.

Mais il est indéniable que cette confusion, nous la devons au silence de la Laurentienne. Nous la devons aussi à l'indifférence continue de l’administration pour l’éducation en français. La communauté francophone est inquiète pour une bonne raison, car dans les bribes de communication de la Laurentienne, une chose transparait quand même : les petits programmes francophones vont y gouter.

Et si ce n’est pas le cas? On ne le sait pas. Manque de communication!


Bonus

Le gros iceberg

Le Voyageur applaudit les deux nouvelles de la semaine dernière entourant l’éducation universitaire en français. Par contre, notre optimisme quant à leur aboutissement est assez bas pour l’instant. Les obstacles seront nombreux et le plus gros iceberg à l’horizon est l’Université Laurentienne elle-même.

Cette institution a démontré dans le passé qu’elle a peu de considération pour ses partenaires de la Fédération de l’Université Laurentienne. Le meilleur exemple est le changement unilatéral du partage des revenus avec ses partenaires de la fédération en 2019. La Laurentienne agit souvent comme le grand frère jaloux qui veut garder tous les jouets pour lui, mais qui n’y touche plus une fois qu’il les a accaparés. 

Et la lettre que le recteur a envoyé à la communauté universitaire prouve que l’institution n’a pas l’intention de laisser quelqu’un d’autres avoir ses programmes en français.

Nous risquons donc d’être coincé avec une institution qui veut tout garder pour elle malgré le tort que cela inflige aux minorités. Surtout les programmes en français qui lui rapportent 12 millions $ sans qu’elle ait besoin de lever le petit doigt. Une décision qui relèguera encore plus l’éducation universitaire en français à une note de bas de page si on les laisse faire.

Bref, il semble qu’il faudra se battre une fois de plus.