L'Université de Hearst, l'Université de Sudbury et l'Université de l'Ontario français.
L'Université de Hearst, l'Université de Sudbury et l'Université de l'Ontario français.

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Réjean Grenier
Réjean Grenier
Le Voyageur

La semaine dernière, un imminent sociologue, Joseph Yvon Thériault, republiait sur les réseaux sociaux trois articles qu’il avait écrits en 1998 pour le journal Le Droit. Ces textes analysaient le recul du français à l’Université d’Ottawa. Selon le professeur, «la crise s’amplifie vingt ans après». De récents rapports de l’Ud’O (ludo : terme approprié pour une institution qui se joue de nous) sur la situation du français indiquent d’ailleurs que Thériault a raison. Ce qui nous amène inévitablement à la question non résolue d’une université de langue française en Ontario.

Depuis plus de 40 ans, des leadeurs franco-ontariens réclament la création d’une telle université multi-campus desservant toute la province. Lors de réflexions, discussions, publications, colloques et autres États-généraux, ils ont clairement indiqué comment une telle institution pourrait et devrait être créée. 

En fait, c’est assez simple, il suffit d’un gouvernement provincial qui a un peu de courage et qui résiste au chantage des universités bilingues. Le gouvernement commencerait par adopter une loi donnant une charte universitaire à une institution avec une gouvernance pour, par et avec les Franco-Ontariens. Cette loi doit inclure des dispositions forçant les universités dites bilingues, Ottawa, Laurentienne et Glendon, à y transférer tous leurs programmes offerts en français. Elle indiquerait aussi que les deux institutions francophones existantes, l’Université de l’Ontario Français à Toronto et l’Université de Hearst, font partie de cette grande université.

Et voilà, une vraie, grande université franco-ontarienne avec des milliers d’étudiants, des professeurs et chercheurs de calibre international. Et surtout, avec des programmes essentiels pour nous donner accès au savoir universel. 

C’est ambitieux et nous savons que ceci implique une certaine perte d’indépendance de l’Université de Hearst, de l’Université de l’Ontario français et de l’Université de Sudbury, mais c’est la seule solution — contrairement à l’étapisme dont se contente le leadeurship franco-ontarien, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) en tête. 

L’AFO et le Regroupement étudiant franco-ontarien (REFO) ont adopté cette politique étapiste lorsqu’ils ont appuyé la création de la petite Université de l’Ontario français il y a quelques années. Et on voit ce que ça a donné, une université avec quelques 150 étudiant dans des programmes aux avenues encore mystérieuses. L’AFO poursuit la voie de l’étapisme en appuyant l’Université de Sudbury. À sa défense, dans ce dossier, l’Assemblée continue au moins de faire pression sur la Laurentienne pour qu’elle y transfère ses quelques programmes en français pas encore abolis.

Le problème avec cette stratégie, c’est qu’elle nous donnera trois petites universités régionales — Hearst, Toronto, Sudbury — sans grande envergure. Nous méritons et voulons plus!

L’AFO explique cette stratégie en disant que l’Université d’Ottawa est intouchable. Nos leadeurs franco-ontariens devraient lire les articles du professeur Thériault ainsi que les récents rapports qui démontrent clairement que l’UofO est, en français, l’Ude0 (U de zéro). 

En fin de semaine, l’Assemblée de la francophonie tiendra son Assemblée générale annuelle. Les Franco-Ontariens sont en droit de s’attendre à un changement de cap dans le dossier universitaire. L’AFO doit adopter une résolution réclamant l’abolition du financement gouvernemental des universités bilingues afin de paver la voie à la création d’une vraie université franco-ontarienne.