Une ville sans imputabilité

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur

Complaisance? Conflit d’intérêts? Manque de transparence? Incompétence? Attentes irréalistes? Il est de plus en plus difficile de trouver le bon qualificatif pour expliquer les décisions du conseil municipal du Grand Sudbury. 

Le dernier incident qui laisse perplexe concerne le refus des conseillers de punir leur collègue du quartier 3, Gerry Montpellier. Pour la deuxième fois en quelque mois, le commissaire à l’intégrité du Grand Sudbury a recommandé que le salaire du conseiller soit retenu pendant 60 jours pour des propos déplacés tenus dans les médias au sujet d’employés municipaux.

Excuser une première offense passe, mais en excuser une deuxième est plus difficile à justifier. Surtout lorsque certains conseillers disent «qu’il ne changera pas et je ne veux pas qu’il change». Ça semble donc faire partie de la personnalité de M. Montpellier d’utiliser des propos déplacés… Est-ce vraiment un trait de caractère à encourager?

Sans entrer dans les détails du dossier, son intention lors de ce plus récent incident était louable, mais il ne semble pas comprendre que certains mots ne peuvent être utilisés dans certaines circonstances et que tout le monde, surtout les employés, a droit au respect.

Le conseil municipal a donc décidé de simplement lui donner une deuxième petite tape sur la main au lieu de lui enlever environ 6000 $ de salaire. Reconnaissons que c’est un montant assez élevé pour un conseiller du Grand Sudbury — M. Montpellier a reçu environ 60 000 $ en 2020. Mais est-ce que les conseillers auraient quand même accepté de le punir si le commissaire avait suggéré une pénalité monétaire moins importante? 

Et question encore plus importante : est-ce que les conseillers sont vraiment les bonnes personnes pour prendre ces décisions?

Gerry Montpellier n’est pas le seul conseiller qui a tenu des propos controversés depuis les dernières élections. Des paroles du conseiller du quartier 5, Robert Kirwan, en personne et sur Facebook, ont aussi été jugées déplacées par le commissaire à l’intégrité.

D’autres décisions des élus soulèvent des questions. 

L’ombudsman de l’Ontario a jugé que les procédures pour une rencontre à huis clos n’ont pas été bien suivies pour une réunion en janvier. 

En janvier, le conseil a refusé d’établir un registre pour lobbyistes, pourtant recommandé par un rapport. L’argument que Sudbury n’a pas la taille d’Ottawa ou Toronto est valable, mais considérant certains projets importants que le conseil veut entreprendre, il serait justifié de savoir qui a parlé avec qui, quand et combien de fois…

Et on en vient justement à un de ces projets. Rien de neuf ne peut être dit sur le Kingsway Entertainment District (KED) et les nombreux appels rejetés par le Tribunal d’appel de l’aménagement local laissent entendre que toutes les décisions ont été prises en respectant les règles de procédure. 

Cependant, il est (presque) dommage qu’on ne puisse pas contester des sentiments et des émotions devant les tribunaux, parce que les conseillers — et le maire — qui continuent d’appuyer le projet du KED ne le font clairement pas avec le côté gauche de leur cerveau (le côté rationnel). 

Le projet du KED va à l’encontre du plan directeur de développement de la ville adopté par ce même conseil, de la responsabilité financière envers les contribuables, des besoins de réduction de transports et d’émission de gaz à effet de serre et des tendances économiques — les casinos de l’Ontario ne sont pas en bonne santé financières. Les conseillers rejettent de leur réalité fantaisiste que TOUTES les autres villes qui ont construit un aréna hors du centre-ville l’ont regretté. Ajoutez à cela des études financières qui laissent de côté des notions importantes et vous avez un beau désastre économique en vue.

Les plus ardents défenseurs du projet au conseil rêvent clairement en couleur et ignorent les sirènes d’alarme qui ne pourraient pas être plus assourdissantes.