Réjean Grenier

Une crise peut-elle faire du bien?

Ou comment en tirer des leçons.

Parfois, on dirait que ça nous prend des crises pour mieux comprendre la société dans laquelle nous vivons. C’est ce que nous visons actuellement alors que le coronavirus et la COVID-19 nous font découvrir les trous dans nos systèmes sociaux, économiques et politiques. C’est comme si le vortex dans lequel nous évoluons quotidiennement nous empêchait de voir certaines failles pourtant très importantes. Certaines sont dangereuses, même mortelles.

Prenons notre système de santé par exemple. La COVID-19 nous met en pleine face le sous-financement qui, depuis des années, fragilise nos soins de santé. On a beau être bien fier de notre régime canadien de santé pour tous, il faut bien admettre qu’il était mal préparé à la pandémie. Tous nos établissements de santé manquaient de matériel de protection et nous ne savions même pas combien de masques respirateurs, gants et ventilateurs nous avions en stock. Plusieurs hôpitaux en milieux ruraux n’avaient pas non plus de section d’isolation adéquate. N’oublions surtout pas que notre confinement actuel n’a pas été décrété pour notre protection, mais plutôt pour empêcher de congestionner (jeu de mots intentionnel) un système de santé mal préparé.

Et que dire de nos maisons de soins de longue durée et de nos résidences pour personnes âgées? Là on fait vraiment dur! Le virus nous rappelle cruellement que notre indifférence est vraiment mortelle. Il est difficile de concilier la façon cavalière dont nos dirigeants se sont occupés de ce secteur depuis des décennies et l’actuelle préoccupation qu’ils manifestent maintenant. Quelle hypocrisie! Ils s’en sont lavé les mains en remettant le fardeau des ainés à des sociétés privées plus préoccupées par les profits que par le bienêtre de leurs «clients». En plus, les bureaucrates et politiciens ont réduit les inspections de ces centres qui appartiennent à leurs amis et donateurs. Chronique de morts annoncées.

On pourrait aussi parler de notre système d’approvisionnements en produits essentiels, comme la nourriture. Depuis des années, nos compagnies ont voulu réduire leurs couts d’inventaire en instaurant un système de «just in time inventory». Cette méthode a complètement chambardé le réseau de transport en favorisant le camionnage plutôt que le rail. Ce qui a entrainé plus de pollution, de routes mal entretenues et, comme nous le voyons maintenant, de ruptures de stock. Alors, ne vous demandez pas pourquoi on a manqué de papier de toilette. 

S’il est vrai que la crise nous oblige à regarder en face les trous dans nos systèmes, espérons qu’elle nous force aussi à imaginer des solutions. Avec toutes les technologies dont nous disposons aujourd’hui, il devrait pourtant être facile de gérer un stock de vêtements de protection pour nos travailleurs.euses en santé.

Après un nombre record de décès, il faut vraiment que nos gouvernements examinent attentivement les façons dont nous traitons nos ainés. Peut-être que laisser ces soins aux rapaces de la finance n’est pas une solution honorable. Il faut aussi que les sociétés qui nous approvisionnent inventent des systèmes mieux adaptés à un monde qui n’en a pas fini avec des crises de toutes sortes.

Mais rappelons-nous bien ceci : toutes les améliorations que nous croyons maintenant essentielles vont couter cher. Alors qu’on n’en voit pas un chialer contre les impôts.

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Réjean Grenier

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Éditorial

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