Réjean Grenier

Une chose et son contraire

Bleu ou rouge, mais surtout pas en même temps!

En politique, nous, Canadiens — surtout de l’Est du pays — sommes passé maitres dans l’art de dire une chose et son contraire. Ou, comme disent les Anglais, «speaking from both sides of our mouth». C’est en tout cas ce que démontrent les élections des quelques dernières années. En fait, on peut voir cette tendance depuis plusieurs décennies. Nous avons un don pour élire des gouvernements d’une couleur au provincial et leurs opposants au fédéral.

C’est exactement ce que les électeurs de l’Est du Canada ont fait le mois dernier. Des provinces comme le Nouveau-Brunswick, l’Ontario et, dans une certaine mesure, le Québec ont voté libéral alors que, quelques mois auparavant, elles avaient élu des gouvernements conservateurs. Et pas juste des Red Tories. Non, non, des conservateurs de la droite pure et dure. Ces provinces ont maintenant des gouvernements antitravailleurs, antibilinguisme, anti-immigration et antiprogrès social.

Ceci est évidemment une généralité. Les électeurs de l’Alberta, de la Saskatchewan et de plusieurs circonscriptions partout au pays ont régulièrement fait mentir cette analyse, mais examinons un peu notre histoire électorale. Depuis une cinquantaine d’années, l’Ontario et le Québec — les deux provinces les plus populeuses et, donc, les plus importantes électoralement — sont de bons exemples.

Dans les années 1970, sous les gouvernements de Trudeau père, l’Ontario élisait régulièrement les conservateurs de Bill Davis. Pendant le règne Harper, les électeurs ontariens votaient massivement pour les libéraux de Dalton McGuinty. Même chose à la fin des années 1990 alors que Mike Harris sévissait en Ontario et Jean Chrétien gagnait élections après élections à Ottawa.

Le Québec suit à peu près la même logique même si, là, le clivage gauche/droite est embrouillé par une autre dichotomie, soit l’indépendance versus le fédéralisme. Ainsi, toujours pendant les années 1970, on a vu les Québécois voter pour des libéraux fédéralistes à Ottawa et pour le Parti Québécois à l’Assemblée nationale. À deux reprises, les Québécois ont même donné des gouvernements majoritaires au Parti Québécois — dont l’article numéro un de la constitution est l’indépendance — pour ensuite voter non à des référendums sur la question. Allez comprendre.

C’est un peu comme si, nous gens de l’Est canadien, avons peur des paris. Lorsque forcés de jouer, nous misons sur les deux côtés. Jusqu’à présent, cela semble bien réussir, mais cela peut aussi servir à diviser le pays. Demander aux Albertains ce qu’ils en pensent. Eux votent continuellement du même bord : conservateur bleu foncé.

Cette division entre le vote dans l’Est et l’Ouest du pays est ancrée dans les valeurs citoyennes de ces deux régions. Et c’est probablement la division la plus profonde qui menace l’unité nationale. Les électeurs de l’Ouest sont en fait des idéologues alors que ceux de l’Est sont des pragmatiques. Comme nous sommes plus nombreux dans l’Est, nous pouvons nous permettre de jouer sur les deux tableaux, mais comme l’indique le récent mouvement Wexit en Alberta, cette situation exaspère les «Westerners». Le Canada survivra-t-il à cette division? À suivre.

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