Réjean Grenier
Le Voyageur
Réjean Grenier

L’Histoire des Noirs

Il est intéressant de noter que février est le Mois de l’histoire des Noirs ET le Mois du patrimoine franco-ontarien. C’est intéressant parce que l’avenir des Franco-Ontariens devient de plus en plus multiethnique et, qu’à nos côtés, les immigrants francophones d’origine africaine construisent notre patrimoine de demain. Cette intégration est fondamentale si nous voulons que notre communauté franco-ontarienne continue de prospérer. 

L’apport des immigrants africains est particulièrement visible dans la région de Toronto, mais elle se voit aussi dans le nord. Les statistiques démontrent bien la nécessité de l’immigration à Sudbury. En 2017-18, il y a eu à Sudbury 97 décès de plus que de naissances. Il y a aussi eu plus de familles qui sont parties que de familles venant d’ailleurs au Canada qui ont déménagé ici, pour un déficit de 38 personnes. Or, la population de Sudbury n’a pas diminué, elle a au contraire augmenté de près de 1 800 habitants. Et ces chiffres sont semblables presque partout dans la région. Pourquoi? L’immigration.

Bien sûr, les nouveaux arrivants dans le nord ne sont pas tous de l’Afrique centrale, ni tous francophones. Plusieurs proviennent du Maghreb et de l’Asie. Mais les Noirs ont une histoire au Canada qui date de bien plus longtemps. L’historien Amadou Ba des universités Laurentienne et Nipissing en est d’ailleurs un des spécialistes. Nous connaissons depuis quelques années une recrudescence de l’immigration noire, mais le professeur Ba nous apprend qu’il y a des Noirs au Canada depuis 1604. Eh oui, lors de son premier voyage, Samuel de Champlain avait à ses côtés un interprète noir, Mathieu D’Acosta. 

Depuis, il y a eu plusieurs vagues d’immigration de noirs au Canada. On pense notamment à la venue des loyalistes qui ont quitté les États-Unis après la Guerre d’indépendance pour s’établir en Ontario et au Québec. Le professeur Ba estime qu’ils ont amené avec eux plus de 5 000 esclaves noirs. Après l’abolition de l’esclavage par la Grande-Bretagne, en 1834, il y aura une augmentation notable d’esclaves noirs qui fuiront vers le Canada. On connait tous l’histoire de «l’Underground Railroad».

Il apparait clairement que l’immigration noire est un aspect indéniable de notre histoire. Nous ne pouvons donc que nous enorgueillir du fait que celle-ci connaisse actuellement une grande augmentation. Les nouveaux arrivants noirs sont présents dans tous les secteurs de la société canadienne. Nous en connaissons tous qui sont en affaires, en médecine, en enseignement, en services financiers, etc. Avec nous, ils bâtissent l’avenir du Canada.

 En terminant, il est important de souligner qu’il n’y a pas que des Noirs francophones. Plusieurs nouveaux Canadiens proviennent des anciennes colonies britanniques en Afrique et aux Antilles et partagent la langue et les traditions anglaises avec nous. En arrivant au Canada, plusieurs ont compris l’avantage d’être bilingue. À preuve, le nombre d’immigrants dans les écoles d’immersion. 

L’histoire des Noirs est donc de plus en plus notre histoire et notre patrimoine.