Les cultures de la peur

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur

Celle du financement postsecondaire

Le nouveau programme d’administration publique du Collège Boréal est un bel ajout aux options dans le système d’éducation postsecondaire francophone de l’Ontario. Mais le fait qu’il soit offert à Ottawa démontre une fois de plus que ledit système est un peu chaotique, très probablement en raison du manque de financement gouvernemental. 

Boréal offre ainsi un programme de plus à Ottawa — il y a déjà Technique de soins vétérinaires sur le campus de l’Université Saint-Paul — sur ce qui était, au moment de la création des collèges francophones en Ontario, le territoire du Collège La Cité. À l’automne, La Cité lançait son partenariat avec l’Université de Hearst et des hôpitaux du corridor de la route 11 pour une formation hybride en soins infirmiers auxiliaires; sous le nez de Boréal qui ouvrait à nouveau son programme en soins infirmiers auxiliaires dans cette région à la même date. 

Il peut y avoir plusieurs bonnes raisons pour lesquelles les deux collèges francophones étendent leurs tentacules dans le territoire de l’autre. Mais dans un climat où la plus grande université du Nord croule sous ses dettes et où on entend de plus en plus que l’éducation postsecondaire est sous-financée — les collèges criaient au loup avant l’arrivée des conservateurs au pouvoir —, il est difficile de ne pas entrevoir ce genre d’initiative comme un simple instinct de survie. Des tentatives pour augmenter leurs revenus par toutes les bonnes idées possibles. 

Peut-être que le seul désavantage est de créer plus de confusion chez les étudiants qui cherchent dans quel domaine étudier et où, mais il faut se demander si cette compétition est bonne pour nos établissements collégiaux et la francophonie.

Celle d’une université

Parlant de système d’éducation chaotique… On se rapproche de l’affrontement en cour de justice entre la vérificatrice générale de l’Ontario et l’Université Laurentienne pour savoir si la première a droit à tous les documents qu’elle veut de la deuxième. 

Dans sa déclaration sous serment déposée le 26 novembre, la vérificatrice, Bonnie Lysyk, accuse la Laurentienne d’avoir créé une «culture de la peur» chez ses employés.  Apparemment, plusieurs employés ont peur de répondre à certaines questions. L’université fit qu’elle n’a rien fait de tel.

L’établissement dément évidemment cette déclaration. Cependant, que sa création soit préméditée ou non, cette «culture de la peur» est assurément présente chez les employés de l’établissement en cours de restructuration. En ayant caché son déficit pendant si longtemps, il n’est pas surprenant que les employés ne sachent plus ce qu’ils ont le droit de dire ou non. 

Malgré que l’administration répète que les coupes sont terminées, la perte de toute crédibilité du recteur et de son équipe, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des murs de l’université, laisse craindre que n’importe qui peut perdre son emploi ou être réprimandé à n’importe quel moment. 

Sans compter que leur employeur conteste les pouvoirs de la vérificatrice qui les interroge. Que leur arrivera-t-il s’ils dévoilent quelque chose qu’ils n’auraient pas dû dire parce que le processus opaque de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies leur donne raison?

Espérons que le juge se rangera du côté de la vérificatrice. Il est vrai que ce bout de texte de la Loi sur le vérificateur général n’a jamais été testé en cour. Est-ce qu’une entité sous enquête «doit» tout lui donner ou est-ce qu’elle a seulement «le droit de demander»? La phrase, prise seule, laisse place à l’interprétation. Par contre, l’esprit de la loi et l’article qui spécifie que le bureau de la vérificatrice est tenu au même niveau de confidentialité enlèvent, selon nous, toute ambigüité à l’interprétation.

Ajout web : Il y a quand même lieu de s’inquiéter. Les arguments avancés par les avocats de la Laurentienne concernant le secret professionnel des avocats ont beaucoup de poids.

Celle des pénuries

Vous en avez entendu parler? Il y a une pénurie. De quoi? De tout. 

On prévient que plusieurs produits seront en rupture de stock pour le temps des Fêtes. Pourtant, la solution est relativement simple : achetez quelque chose de différent des autres. Il y a tout plein de commerçants qui sont vos voisins qui ont été plus éprouvés par la pandémie que les grandes chaines et les grandes entreprises. Achetez donc vos cadeaux chez un commerçant local au lieu de faire la file dans un lieu sans âme.