Réjean Grenier

Le racisme canadien

Le sort des Autochtones au Canada n'est pas plus enviable.

Depuis un peu plus d’une semaine, nous, Canadiens, regardons avec horreur le racisme américain. Et nous nous disons avec une certaine arrogance que cela ne pourrait pas se passer ici. Il est vrai que le Canada est reconnu mondialement pour sa tolérance et son ouverture envers les autres. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de racisme chez nous.

Si vous n’avez jamais entendu un de vos amis africains, arabes ou autochtones vous raconter comment il s’est fait refuser un appartement quand il a finalement rencontré le propriétaire, c’est que vous n’avez pas d’ami Africains, Arabes ou Autochtones — en passant, toute cette phrase pourrait être écrite au féminin. Si vous n’avez jamais entendu un de vos amis blancs se plaindre que tous les dépanneurs ou les stations-services appartiennent maintenant à des immigrants, vous ne vivez pas dans le Nord de l’Ontario.

Au Canada, si le racisme envers les nouveaux arrivants de couleur existe bel et bien, il n’est pas le pire. Le pire, c’est notre racisme hautain envers les autochtones. N’oublions pas qu’il y a à peine 60 ans, nous les appelions encore des sauvages. Aujourd’hui, nous sommes plus polis, mais notre fond d’arrogance demeure. N’oublions pas non plus que, quand l’Afrique du Sud a instauré son système d’apartheid, elle s’est basée sur le système canadien de réserves pour parquer ses non voulus. Et, ici, ce système continue d’exister. Alors, ne célébrons pas trop notre non-racisme.

En fait, nous traitons souvent les Premières Nations plus mal que le sont les Noirs américains. Un tableau publié en 2015 par le magazine Maclean’s, basé sur un article du Ottawa Citizen, illustre clairement la situation. On y compare le sort des Autochtones du Canada (AC) et des Noirs américains (NA). Par souci de brièveté, nous utiliserons ces abréviations (AC et NA) dans les exemples qui suivent.

On y apprend, par exemple, qu’en 2015, le taux de chômage des AC était de 14 % alors qu’il était de 11 % chez les NA; que le revenu moyen des AC était de seulement 60 % de la moyenne nationale alors que le revenu des NA se situait à 74 % de la moyenne aux É-U.; que le taux d’incarcération des AC était 10 fois supérieur à la moyenne au Canada alors que le taux d’emprisonnement des NA était 3 fois supérieur au taux national au É-U.; que l’espérance de vie d’un AC était de 72,8 ans alors que pour les NA il était de 74,9 années.

On pourrait continuer ainsi avec d’autres statistiques sur les taux d’homicides, de suicides, de décrochage scolaire et nous arriverions au même constat : les choses n’ont pas changé depuis 5 ans et les Autochtones et autres non Blancs au Canada sont aussi mal traités que les Noirs américains.

Et, ici comme aux États-Unis, les policiers ont trop rapidement le doigt sur la gâchette. En fait, la semaine dernière au Canada, les policiers ont tué deux Autochtones, Jason Collins et Eishia Hudson, et un Noir, D’Andre Campbell. Depuis 2013, 27 non-Blancs canadiens ont succombé sous les balles de la police. Alors, ravalons vite notre sentiment de supériorité.

En fin de semaine, plusieurs Canadiens sont descendus dans les rues afin de manifester leur appui aux Africains-Américains, dont à Sudbury. Bravo. Mais nous devons aller plus loin. Nous devons tous nous regarder dans le miroir.

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