Réjean Grenier
Le Voyageur
Réjean Grenier

Le Canada dans le monde

Les citoyens veulent davantage influencer le monde, quel chance avons-nous d'y arriver?

Un sondage de l’Institut Macdonald-Laurier, effectué à la fin septembre, indique que les Canadiens aimeraient que le Canada joue un plus grand rôle sur l’échiquier mondial. Le questionnaire en ligne démontre que 72 % des 1023 répondants croient que le pays devrait avoir une plus grande influence sur les affaires mondiales.

L’étude suggère aussi que l’attitude des Canadiens envers certains pays a changé depuis une dizaine d’années. Par exemple, une majorité des répondants, 79 %, croit maintenant que la Chine est notre principal rival. L’Empire du Milieu remplace ainsi la Russie en tant qu’ennemi numéro un. Notre perception des États-Unis a aussi beaucoup changé; 63 % des répondants ont une perception négative de notre plus vieil allié alors que seulement 20 % maintiennent leur attitude positive. Le sondage décrit aussi notre perception d’autres pays de moindre importance, tels l’Ukraine, Israël et l’Australie, mais ce qui est le plus marquant c’est notre désir d’influence sur le monde.

Le problème avec cette aspiration c’est ce qu’elle requiert. En termes de géopolitique, il n’y a que trois leviers pour exercer une influence mondiale, la force militaire, le poids économique ou le pouvoir de persuasion. Or il faut bien avouer qu’on peut oublier notre force militaire et que notre poids économique se situe plutôt en milieu de peloton. Il ne nous reste donc que la persuasion.

Notre économie quand même assez performante et notre rôle militaire peuvent bien sûr venir appuyer notre pouvoir de persuasion, mais encore faut-il les utiliser correctement. L’exemple de l’ex-premier ministre Jean Chrétien, refusant d’accompagner les États-Unis dans la débâcle de l’Iraq, démontre bien qu’on peut utiliser le militarisme pour étayer notre position mondiale. La création des Casques bleus de l’ONU par un autre ex-premier ministre, Lester B. Pearson, en est un autre exemple. Mais c’est surtout comment nous utiliserons notre force financière qui pourrait rehausser notre image planétaire. Un plan d’aide internationale bien pensé et livré sans heurts serait un bon commencement. Fini les belles promesses que nous ne tenons qu’à moitié.

Ce n’est qu’à ce prix que nous pourrons persuader le monde qu’il doit nous écouter. Mais même sur le plan de la persuasion, nous avons des croutes à manger. Par exemple, comment la Chine peut-elle accepter nos récriminations au sujet de son traitement de sa population ouïgoure alors que des dizaines de nos réserves autochtones n’ont pas d’eau courante, d’écoles ou de soins de santé équivalents à notre moyenne nationale? Comment pouvons-nous parler d’environnement quand une de nos provinces est un des endroits les plus polluants de la planète? Comment parler de liberté de religion quand une autre de nos provinces bannit le port de signes religieux? Comment fustiger le racisme quand c’est un de nos concitoyens qui a créé la confrérie de suprémacistes blancs, les Proud Boys?

Vous pouvez appuyer les situations décrites ci-dessus, mais vous ne pouvez pas en même temps croire que nous pourrions parler au monde d’une voix plus forte. Pour persuader, il faut donner l’exemple.