L’avenir de l’éducation universitaire à Sudbury

Réjean Grenier
Réjean Grenier
Le Voyageur

La semaine dernière, le groupe Save Our Sudbury faisait parvenir une lettre à la nouvelle ministre des Collèges et Universités, Jill Dunlop, l’implorant d’intervenir dans la crise de l’Université Laurentienne. Le problème avec la lettre, c’est qu’elle demande beaucoup trop de choses à la ministre. La coalition veut que la ministre agisse sur 12 dossiers.

Entre autres, que la ministre restaure les avantages sociaux des professeurs, qu’elle indemnise financièrement les étudiants affectés par la restructuration et qu’elle licencie le recteur Robert Haché ainsi que certains membres du Conseil des gouverneurs de la Laurentienne. On comprend que la ministre ait refusé.

La lettre démontre les difficultés liées à une coalition. Save Our Sudbury représente une multitude de groupes qui ont été affectés différemment par la débâcle de la Laurentienne. La coalition tente donc de remédier à tous les dommages subis par tous ses membres. 

Ce n’est malheureusement pas ainsi que fonctionne la politique. Quand on veut une action politique, on ne fait qu’une, peut-être deux, demandes. On étaye ensuite cette requête par des arguments irréfutables et on suggère même un plan de mise en œuvre. Autrement dit, on ne se présente pas comme des quémandeurs, mais plutôt comme des alliés qui ont des idées pouvant aider la ministre.

Il y a pourtant dans la lettre à la ministre une voie d’avenir que la coalition pourrait poursuivre. La demande numéro 9 de la coalition enjoint la ministre «à appuyer la communauté autochtone et la communauté francophone envers la création d’universités pouvant émettre des diplômes pour des programmes par et pour leurs communautés, tout en aidant l’Université Laurentienne à restaurer ses programmes restants» (traduction libre).

Voilà la seule voie d’avenir, mais la province devra légiférer pour en assurer le succès.

La Laurentienne ne peut pas s’en sortir seule. Le processus choisi par l’université pour se sortir du pétrin financier a sapé la confiance déjà mince que les communautés autochtones et francophones lui avaient accordée. Les administrateurs et gouverneurs de la Laurentienne qui croient encore que l’institution peut reprendre comme avant ne semblent pas comprendre ou accepter ce revirement. Ils devraient commencer à imaginer un avenir collaboratif.

Il n’y a plus qu’une façon d’envisager une programmation universitaire qui répond aux besoins des populations anglophone, francophone et autochtone du Nord de l’Ontario. L’Université de Sudbury (UdeS) en a jeté le premier jalon en se déconfessionnalisant et en offrant ses deux chartes universitaires afin de créer une institution francophone et une autre autochtone. 

Imaginons un avenir universitaire où trois institutions indépendantes collaborent sur le même campus à Sudbury afin de répondre aux besoins d’éducation dans le Nord. Au début, ces trois universités seraient plus petites, mais la somme de leur offre de cours sera certainement plus grande. 

Les gouvernements devront cependant s’en mêler pour garantir cet avenir.

Seul Queen’s Park a le pouvoir de créer des universités pouvant conférer des diplômes et d’approuver leurs programmes. L’Ontario doit maintenant retirer son approbation pour tous les programmes en français et de culture autochtone de la Laurentienne et les transférer aux chartes de l’UdeS. La province doit aussi forcer les trois institutions à partager les espaces, infrastructures et services existants sur le campus actuel. Le gouvernement doit exiger que les trois universités reconnaissent tous les cours que chacune d’elle offre envers leur propre diplôme. 

Il est important de se souvenir que le gouvernement ontarien a forcé trois dénominations religieuses à collaborer afin de créer la Laurentienne en 1960. Aujourd’hui, la ministre Dunlop doit suivre cette voie afin d’assurer l’éducation universitaire à Sudbury. Le travail d’équipe mène souvent à de meilleurs résultats.