Inutiles élections

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur

Il semble qu’on avait autre chose à faire en septembre que d’aller voter. Ralentir la quatrième vague de COVID-19. Combattre les changements climatiques. Transformer l’économie énergétique. Trouver des solutions aux crises du logement est des opioïdes. Relancer l’économie. Repenser la fiscalité canadienne. Lancer une véritable réconciliation avec les Autochtones. Combattre la désinformation. Aider les vrais journalistes... 

Sans compter les projets de loi qui n’ont pas été adoptés et qui disparaissent, comme la nouvelle Loi sur les langues officielles, l'amendement pour que les universités ne puissent plus faire appel à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies ou la loi pour interdire les thérapies de conversion.

Justin Trudeau nous dira justement de donner une majorité à son parti pour qu’il puisse s’attaquer à tous ces enjeux sans encombre. Sauf que, malgré sa minorité, le parlement fonctionnait. Les blocages semblaient limités, des lois passaient, il y avait de la négociation productive entre quelques partis. 

Peut-être une utopie artificielle forcée par la pandémie?

Cette élection, donc, n’est pas pour nous, Canadiens. Elle est pour le Parti libéral et uniquement pour lui, pour l’espoir d’être réélu majoritaire. 

Il y a évidemment un risque de perdre entièrement le pouvoir, mais le risque est calculé. Le chef conservateur, Erin O’Toole, est considéré très peu crédible par la population en général et même des parties de sa base. Le chef néodémocrate Jagmeet Singh a probablement atteint le plus haut niveau de popularité auquel il peut rêver. La guerre interne du Parti vert lui enlève toute crédibilité. Le Bloc québécois n’a pas vraiment perdu de plumes. Il ne faut jamais dire «c’est dans la poche» quand on parle d’élections, mais…

Le risque, ce sont les électeurs qui le courent avec la 4e vague de COVID-19. Les nouveaux cas de la maladie sont en augmentation en Ontario et ailleurs depuis deux semaines. Le variant Delta se propage à une vitesse fulgurante et sera presque dominant à la date de l’élection. Donc, le plus grand risque, c’est d’attraper la maladie en allant voter.

À quoi sert une loi sur les élections à date fixe si elle contient une clause qui permet de ne pas la respecter? Le but de cette loi, c’est justement d’éviter que le gouvernement décide de la date pour que l’élection concorde avec ses meilleures chances de réélection. Or, c’est exactement ce que Justin Trudeau vient de faire. Les gouvernements minoritaires ne devraient pas avoir ce droit supplémentaire. Gouvernez comme du monde en collaboration et vous ferez la preuve que vous êtes digne de confiance pour être réélu avec une majorité. 

Quoi que… dans ce cas, on remet le pouvoir de déclencher des élections aux partis qui forment l’opposition. Il n’y a vraiment pas de système parfait.

Le point positif, c’est qu’on ait le droit de voter. Alors, profitez-en bien.