Réjean Grenier
Le Voyageur
Réjean Grenier

Assez, c’est assez

Les vaccins pas vites et le désintérêt des anglophones pour le défi francophone de la Laurentienne.

Commençons par les vaccins contre le coronavirus. Depuis qu’on en parle, on pourrait croire que maintenant le pays entier serait en mode vaccination à grande échelle. Et ben non. C’est aussi rapide que de la mélasse dans le mois de janvier.

D’abord on nous disait que le Canada aurait tellement de vaccins que tous les Canadiens pourraient rapidement recevoir les deux doses recommandées. Puis tout à coup, oups, les manufacturiers ralentissaient la livraison des petites bouteilles. Depuis, les livraisons ont repris et Santé Canada a approuvé d’autres vaccins. Youppie! Les inoculations vont reprendre et nous atteindrons l’immunité de groupe d’ici l’automne, pensions-nous. 

Pas trop vite l’optimisme. Ici, on est dans le nord de l’Ontario, une région colonisée où les services sont rarement adéquats. Apparemment nous n’avons pas assez de congélateurs pour le vaccin Pfizer-BioNtech qui doit rester congelé à mort. OK, mais y’a maintenant d’autres vaccins qui ne nécessitent pas cet entreposage compliqué. Oui, bien sûr, mais c’est sans compter sur la lenteur de nos dirigeants. À commencer par notre gouvernement provincial — dans le sud — et Santé publique Sudbury. En fait, on dirait que nos dirigeants sont enfermés dans un des congélateurs mentionnés plus haut.  

Selon le plan de Santé publique Sudbury, on devait vacciner plus de 41 000 personnes de janvier à mars. Ce groupe inclut les travailleurs de la santé, les résidents des maisons de soins de longue durée, les plus de 80 ans et les membres des Premières Nations. Tout ça est bien et relève du bon sens. Mais on est maintenant au début mars et seulement 1 729 doses de vaccin ont été administrées. 

Admettons qu’on n’est pas vite, vite.

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Parlons maintenant de l’Université Laurentienne et de son bilinguisme. Vous aurez peut-être lu sur la version électronique du Voyageur une lettre au recteur de la Laurentienne, Robert Haché, signée par l’homme d’affaires de Earlton, Pierre Bélanger, et par votre dévoué éditorialiste . Dans cette lettre, nous demandions à l’université de revoir la façon dont elle livre son engagement bilingue. Nous suggérions qu’il serait peut-être préférable de transférer tous les programmes en français à une vraie institution francophone tout en gardant avec cette dernière d’étroits liens de collaboration. Incluant un partage du campus de Sudbury.

Dès la parution de cette lettre ouverte, tous les médias francophones de la région en ont parlé. Mais, en date d’aujourd’hui, 1er mars, seule la CBC a couvert la question en anglais. Pourquoi? Il ne peut exister que deux réponses : soit les anglophones croient tellement dans le bilinguisme que d’en questionner l’existence à l’Université Laurentienne est anathème; soit ils s’en fichent tellement que la question ne mérite même pas une nouvelle. 

Si c’est parce que les anglophones appuient fortement le bilinguisme, il faudra que l’université améliore sensiblement sa programmation en français. Et qu’on n’entende personne se plaindre que les services en français coutent cher — ce qui, de toute façon, n’est pas vrai. Si c’est parce que les anglophones s’en fichent, alors transférez-nous tous les programmes en français et qu’on en finisse avec ce modèle inadéquat de bilinguisme.