Réjean Grenier
Le Voyageur
Réjean Grenier

Liberté de presse

Au moment où nous écrivons ces lignes, le lundi 3 mai, c’est la Journée mondiale de la liberté de la presse. La journée a été décrétée par l’UNESCO en 1991 et reprise par les Nations Unis en 1993. Mais, vous vous en doutez surement, elle n’est pas observée partout dans le monde. En fait, la liberté de la presse est en déclin un peu partout dans le monde, même dans des démocraties. 

«L’information est un bien public», est le thème de cette année. Selon l’UNESCO, «l’objectif est d’attirer l’attention sur le rôle particulier du journalisme dans la production d’informations vérifiées dans l’intérêt du public». Ces derniers mots, «informations vérifiées» et «intérêt du public», sont évidemment une des clés d’une société en santé. Mais quand on regarde le monde, on voit bien que plusieurs pays ne jouissent pas de cette santé.

On n’a qu’à penser à Donald Trump, à ses fameux «fake news» et à ses discours présentant les journalistes comme les «ennemis du peuple». Ici même au Canada, qui n’a pas lu des internautes qui, sans aucune preuve, démentent régulièrement les médias vérifiés tout en s’appuyant sur des théories du complot complètement loufoques. Ces exemples demeurent cependant de petits accrocs à la liberté de presse quand on compare à ce qui se passe ailleurs. 

Il est important de souligner ici que ce sont toujours les autocrates qui réduisent la liberté de presse ainsi que la liberté de parole et d’opinion. Et plusieurs de ces petits dictateurs sont souvent élus. Pas très flatteur pour les électeurs de pays dits démocratiques.

Prenons par exemple l’Inde, qu’on qualifie souvent de plus grande démocratie au monde. Depuis l’élection du premier ministre populiste Narendra Modi et de son parti ultra nationaliste, l’Inde est passée au 142e rang sur l’Index mondial de la liberté de presse. En 2020 seulement, le gouvernement Modi a coupé l’accès à internet 76 fois, a arrêté et détenu une cinquantaine de journalistes et a déporté ou refusé des visas à neuf reporters étrangers. Une étude de la journaliste Geeta Seshu indique que la situation est encore pire dans les médias régionaux où des journalistes ont essuyé des coups de feu et ont été battus.

La situation est pire dans les dictatures. En Turquie, les autorités ont forcé la fermeture de 180 médias et plus de 120 journalistes et autres travailleurs des médias ont été emprisonnés depuis 2013. 

En Russie, le président Vladimir Putin s’est attaqué aux médias dès les années 2000 en prenant le contrôle des réseaux appartenant aux oligarques qui ne l’appuyaient pas. Depuis ce temps, 28 journalistes ont été tués en Russie. Même les étudiants en journalisme sont menacés. Quatre d’entre eux ont récemment été accusés d’avoir incité les jeunes à participer à des «activités dangereuses», autrement dit, des manifestations. 

Et nous ne parlerons même pas de la Chine où il n’y a aucune presse libre.

Le seul problème avec la Journée mondiale de la liberté de presse est que ce n’est qu’une journée.