Réjean Grenier
Le Voyageur
Réjean Grenier

Le virus et le courage

Tous les enfants vous diront qu’il faut beaucoup de courage pour terrasser un dragon.

Tous les enfants vous diront qu’il faut beaucoup de courage pour terrasser un dragon. Et vous serez d’accord. Mais ce que nous ne semblons pas vouloir comprendre, c’est qu’un virus microscopique qui a déjà infecté 48 millions de personnes et qui en a tué plus de 1 200 000 est le pire des dragons. Et que ça nous prendra encore beaucoup de courage et de patience pour s’en débarrasser.

Ce qu’il faut cependant comprendre au sujet du courage, c’est que ce n’est souvent qu’une réaction chimique physiologique à la peur. La peur galvanise nos énergies. Demandez à n’importe quel soldat qui s’est trouvé dans la ligne de mire d’un ennemi et qui a survécu. Il aura peut-être gagné une médaille de bravoure, mais, s’il vous connait bien, il vous avouera peut-être qu’il n’a qu’essayé de ne pas faire dans ses culottes.

Au début de la pandémie du coronavirus, nous avons eu peur. Il faut dire que nos autorités sanitaires et nos gouvernements n’y sont pas allés de main morte. Fermeture de presque tous les lieux de travail, confinement de la population, mesures de distanciation. Ils nous ont fait comprendre que ce dragon est super dangereux, nous avons eu peur et nous avons réagi avec courage. Pendant quelques mois, nous sommes restés chez-nous, nous nous sommes lavé les mains à répétition, avons porté masque et gants lors de sorties obligatoires. En fait, nous avons dit à ce dragon : «Tu ne m’auras pas et comme tu n’auras rien à manger, tu mourras».

La technologie nous a aidés. Lorsqu’abrutis de solitude nous n’en pouvions plus, nous pouvions toujours téléphoner, zoomer ou skyper avec notre famille, nos amis. Ça a duré quelque deux mois, mais notre courage a fini par avoir des limites. Notre tempérament grégaire n’a pu résister au beau temps du printemps. Surtout que la courbe d’infection s’aplatissait comme peau de chagrin. Nous avons cru que le dragon était blessé à mort. Les dernières semaines nous montrent cependant que nous avions tort. Le virus est revenu en force et nous ne pouvons baisser les bras. Il nous faut encore faire montre de courage.

Cette fois, la bataille sera d’autant plus rude que nous sommes devenus complaisants et que nous avons des traitres dans notre armée. Oui, oui, des traitres, ces gens qui nient l’existence du dragon, qui refusent de se plier aux mesures sanitaires, qui essaient de nous faire croire que notre courage n’est en fait que pleutrerie face au gouvernement. Leur chef, une espèce de menteur qui avait réussi à prendre le contrôle d’un pays pour y donner libre cours au dragon, vient d’être lui-même vaincu par un vaillant chevalier. Mais il a eu le temps d’endoctriner des disciples qui sont maintenant alliés au virus sans s’en rendre compte. Nous devons maintenant les contrer.

Cette fois, la bataille sera aussi beaucoup plus longue avec des résultats beaucoup plus aléatoires. Tous les experts en virus nous confirment que le dragon est ici pour encore quelques années. Même si nous découvrons une nouvelle arme, un vaccin, nous devrons continuer d’être courageux. Souhaitons que nous en ayons la force.