Réjean Grenier
Le Voyageur
Réjean Grenier

Le trumpisme n’est pas mort

«La seule chose pire qu’un supporteur de Trump, c’est un Canadien supporteur de Trump.» — Vu sur Facebook

Quelques jours après l’élection présidentielle américaine du 3 novembre, la plupart des Canadiens et une majorité d’électeurs américains ont applaudi la défaite de Donald Trump. Plusieurs ont pensé, fini les mensonges, la fraude, la violence, le racisme, l’instabilité. Nous nous trompions.

Pendant plus de deux mois, Trump a nié la défaite et a, sans aucune preuve, affirmé que l’élection du président désigné, Joe Biden, était le résultat d’une fraude électorale. Nous ne ferons pas ici le procès de cette affirmation, elle a été démentie par toutes les autorités électorales et judiciaires américaines. Malgré cela, ses supporteurs l’ont cru. Ça a donné l’insurrection du 6 janvier 2021 — date que l’Histoire marquera du sceau de l’infamie — lorsque des milliers de trumpistes ont envahi le Capitole, le siège du gouvernement américain. Cinq personnes y ont trouvé la mort, plusieurs ont été blessées. Du jamais vu depuis le 19e siècle.

Quelques jours plus tard, la plupart d’entre nous espèrent que cet accroc à la démocratie est la goutte qui a fait déborder le vase, que les trumpistes accepteront enfin la réalité. Nous nous trompons encore. Le lendemain de cette journée infâme, un sondage indiquait que 45 % des républicains — le parti de Trump et de ses acolytes — appuyaient le saccage du Congrès.

Pour nous, le pire dans tout ça c’est que, des trumpistes, il y en a au Canada. Rappelons-nous que le groupe raciste et misogyne, les Proud Boys, a été créé au Canada et que des Canadiens ont participé à l’émeute de Washington. Un manifestant a même déployé un drapeau canadien sur un balcon du Congrès pendant le pillage. Et en ce même 6 janvier, des manifestants pro-Trump à Vancouver s’en sont pris à des journalistes qui couvraient leur défilé.

La haine et l’idiotie ne connaissent pas de frontières. Surtout depuis l’omniprésence des réseaux sociaux. Des sans-desseins, il y en a toujours eu, mais nous devons avouer que leurs élucubrations se répandent plus facilement depuis l’avènement des réseaux sociaux. Et, surtout, depuis l’élection de Donald Trump, ce facilitateur en chef du chaos et de la haine.

Les statistiques canadiennes sont d’ailleurs claires. En 2015, l’année précédant l’élection de Trump, 1362 crimes haineux ont été rapportés à la police canadienne. En 2019, il y en a eu 1946, une augmentation de près de 40 %.

Espérons que les politiciens américains auront le courage de destituer Trump, même s'il faut attendre quelques mois après le transfert des pouvoirs. Parce que seule une telle conséquence aura un effet modérateur sur la diffusion de la haine. Mais même sa disparition ne résoudra pas ce fléau, il faut rester vigilants. Nous connaissons tous des gens qui ont proféré des propos racistes. Nous devons les contredire systématiquement, même si ce sont des amis ou des membres de nos familles. Parce que le racisme conduit à la haine et ce virus peut devenir aussi pire que le coronavirus. Demandez à ceux qui ont connu le nazisme des années 1930.