Le sport; un autre enfant pauvre du français à Laurentienne

Éric Boutilier
Éric Boutilier
Le Voyageur
Les discussions entourant l’avenir de l’Université Laurentienne et de l’éducation de langue française dans le Moyen-Nord me font penser à la réalité à laquelle certains amateurs, athlètes et journalistes en situation minoritaire sont confrontés dans le monde du sport.

Je ne parle pas nécessairement de la langue utilisée sur la surface de jeu. Non. Il s’agit plutôt des méthodes employées par la faculté des sports pour faire la promotion et le partage d’informations relatives aux Voyageurs et dans l’ensemble des circuits du niveau postsecondaire de la province.

La Laurentienne se vante d’être une institution qui valorise l’anglais et le français. Elle est — en principe — un établissement d’enseignement supérieur bilingue.

Mais en pratique, c’est la langue de Shakespeare domine lorsqu’on descend au gymnase Ben Avery pour voir une partie ou lorsqu’on visite le site web des Voyageurs pour obtenir des renseignements sur une équipe.

Depuis que j’exerce le métier de reporteur au journal Le Voyageur, j’ai reçu plus d’une centaine de communiqués de presse et de résumés de matchs émis par le service des sports de la Laurentienne. Je n’en ai reçu que 19 en français.

Je suis allé prendre un nombre incalculable de photos de matchs de basketball des Voyageurs et, à chaque fois, on ne retrouve que le nom «Laurentian» sur les uniformes.

Ce n’est donc pas surprenant que Le Voyageur ait publié en 2018 un reportage signalant l’absence de mises à jour sur la page francophone de la plupart des équipes sportives de cette institution.

Inutile de dire qu’il y a un véritable parallèle entre la disparition de programmes et de services offerts aux étudiants francophones et le manque de contenu sportif dans la langue de Molière.

C’est une situation qui complique davantage le travail des journalistes œuvrant dans les médias francophones, car plusieurs de nous dépendent de ces ressources afin de bien renseigner le public des activités qui ont lieu sur le campus.

La promotion du sport en français n’était-elle jamais une priorité pour les dirigeants de cette université?

Bien entendu que lorsque j’ai besoin de renseignements des Vipères du Collège Boréal, je suis plus confiant de les retrouver sur la toile ou dans mon courriel sans avoir à demander une traduction.

Ailleurs dans le monde du sport en milieu minoritaire, l’Université d’Ottawa semble avoir les moyens de publier du contenu dans les deux langues sans délai.

Le Collège La Cité (d’Ottawa), l’Université de Moncton (au Nouveau-Brunswick), l’Université Sainte-Anne (en Nouvelle-Écosse) et l’Université de Saint-Boniface (au Manitoba) n’ont également pas de difficultés à remplir ces obligations.

En revanche, le français est quasi inexistant sur le site des équipes du Collège militaire royal (de Kingston), une institution du gouvernement fédéral. J’ai fait le même constat du côté des Sports universitaires de l’Ontario (SUO) et de l’Association des sports collégiaux de l’Ontario (OCAA).

Le ministère des Industries du patrimoine, du Sport, du Tourisme et de la Culture reconnait que la participation dans le sport aide à améliorer la santé des Ontariens, fournit des modèles de rôles dans la poursuite de l’excellence et génère un sentiment de fierté dans une communauté. 

Comment voulez-vous qu’on se sente égale à la majorité s’il n’y a aucun endroit pour valoriser les exploits de nos athlètes et de nos équipes dans notre langue? Ce sont pourtant les contribuables qui financent une part des opérations de ces diverses entités.

Le sport, comme les arts, la musique et le théâtre, est un exutoire pour plusieurs jeunes de l’Ontario français. On est pourtant en train de leur rendre un mauvais service en oubliant comme ça cette tranche de la population.