Réjean Grenier

La neutralité est de la lâcheté

Le discours* d’un jeune avocat congolais, Jacques Mukenga Sefu, devant la Conférence internationale des Barreaux francophones devrait nous faire réfléchir.

Dans son exposé, Mukenga Sefu est clair : la neutralité est de la lâcheté. Après avoir écouté son discours, il est difficile de ne pas être d’accord.

Pour certains, il est de bon ton de se dire neutre, de ne pas prendre position, même de se croire supérieur parce qu’ils se croient au-dessus de la mêlée. On connait tous des gens d’affaires qui préfèrent ne pas se prononcer de peur de perdre des clients, des politiciens qui suivent aveuglément la ligne du parti ou encore de simples citoyens qui ne votent pas parce que «ça ne vaut pas la peine». En fait, ces gens ont tous des opinions, mais ils refusent de les partager parce qu’ils sont lâches.

Les neutres diront plutôt que leur position est gage de bonne entente, de paix. Ils affirmeront qu’en restant neutres, ils contribuent à l’harmonie sociale et que c’est la seule voie possible dans un monde de plus en plus fracturé. Et, effectivement, la neutralité d’état a bien servi la Suisse, par exemple, qui, lors de la Deuxième Guerre mondiale, s’est enrichie plutôt que se battre. Mais, elle s’est enrichie sur le dos de qui? Qui y a caché son argent? Qui y a entreposé les œuvres d’arts et autres richesses volées aux Juifs?

Selon Mukenga Sefu : «Toute neutralité cache une lâcheté qui a honte de s’avouer». Comment, demande-t-il, peut-on rester neutre devant la Shoah, l’apartheid, l’esclavage, la maltraitance des enfants? Comment peut-on rester silencieux devant l’oppression des peuples par des dictateurs sans foi ni loi? Il cite d’ailleurs Desmond Tutu, ce grand pourfendeur de l’apartheid, qui disait que si vous êtes neutres dans des situations d’injustice, vous avez choisi le côté de l’oppresseur, car la neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime.

Ce qui nous amène au Canada et à notre politique étrangère. À la suite des difficultés entre notre pays et la Chine depuis l’arrestation de Meng Wanzhou, le Canada ne parle plus beaucoup des droits de la personne dans l’Empire du Milieu. Et ce, même si de récents documents démontrent noir sur blanc que la Chine emprisonne et torture des centaines de milliers de Ouighurs dans sa province de Xinjiang. Et notre appui aux manifestants hongkongais pour la démocratie est assez froide merci.

Depuis le fameux message Facebook de l’ex-ministre des Affaires mondiales, Chrystia Freeland, demandant que l’Arabie Saoudite relâche les femmes emprisonnées pour avoir osé réclamer juste un peu de liberté, le Canada continue de vendre de l’équipement militaire à ce pays de parias.

Espérons que notre nouveau ministre des Affaires internationales, François-Philippe Champagne, a l’échine solide. Parce que, comme le dit Mukenga Sefu, «La neutralité n’est pas une vertu. Des individus aux états, elle reste une veulerie.»

* Vous pouvez voir ce discours sur la page Facebook de Réjean Grenier.


Précision apportée à l’éditorial du 27 novembre

Dans notre dernier éditorial, nous écrivions que Mona Fortier, récemment nommée ministre responsable de la Prospérité de la classe moyenne, était la sixième personnalité franco-ontarienne à siéger au Cabinet fédéral depuis 1945. Nous nommions cinq Franco-Ontariens qui l’ont précédée. Plusieurs lecteurs du Voyageur ont souligné notre erreur. Mme Fortier a en fait eu au moins quatre autres prédécesseurs dans la deuxième demie du XXe siècle : Paul J. DeVillers (Simcoe-nord), Jean-Jacques Blais (Nipissing), Robert René de Cotret (Ottawa-Centre), Pierre Poilièvre (Carleton).

Si nous en avons oublié d’autres, n’hésitez pas à nous en faire part.

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