La Laurentian n’en vaut pas la peine. Nous valons mieux.

Réponse à Un plaidoyer franco-ontarien pour la Laurentienne, par Normand Renaud

L’auteure y a mis du cœur. Mais où a-t-elle mis la tête?

Le Voyageur a publié en ligne le 9 novembre une lettre intitulée Un plaidoyer franco-ontarien pour la Laurentienne. La directrice des communications de la Laurentian y va de propos personnels et émotionnels pour nous rallier à son institution humiliée. Ce faisant, elle nomme plusieurs personnages universitaires qui ont nourri son identité, comme ils ont nourri la mienne. 

Mais son argument ne défend pas sa cause. Non, la Laurentian n’en vaut plus la peine, pas comme ces émouvants souvenirs la caractérisent. Car tous les «géants de la Franco-Ontarie» que cette lettre a nommés sont en fait des figures du combat contre la Laurentian

Comment peut-on oser les évoquer pour redorer son blason? Et qui peut se croire noble en nous priant d’imposer à la génération prochaine ce même destin de luttes vaillamment menées et largement perdues?

Convoquer la mémoire d’André Girouard et de Gaétan Gervais pour défendre la Laurentian, c’est spécialement ahurissant. Au fil des décennies, ces deux professeurs ont mené nombre d’initiatives infructueuses pour gagner l’autonomie et la responsabilisation des francophones au sein de la Laurentian. Puis, constatant leur échec, ils ont revendiqué une université française. 

S’ils étaient vivants aujourd’hui, ils seraient dans le camp de l’Université de Sudbury et de son projet d’université française. Instrumentaliser ces défunts au bénéfice de la Laurentian, c’est ridiculiser leur mémoire. Les évoquer, c’est faire sentir à quel point leur esprit est absent du corps professoral de la Laurentian.

Puis, on bute encore sur une évocation de la Nuit sur l’étang comme motif d’allégeance à la Laurentian. En 1973, le journal étudiant Réaction publiait un document de doléances de 144 pages à débattre dans un congrès baptisé Franco-Parole. La première Nuit sur l’étang a été le clou spectaculaire de ce congrès. On ne fait pas de telles choses parce qu’on est heureux de son université. Ce n’est pas un souvenir dont la Laurentian a le droit de se dire fière. 

La lettre évoque aussi le journal L’Orignal déchaîné. J’ai été membre de son équipe fondatrice. Pourquoi avons-nous désespérément fondé L’Orignal? Parce que la Student General Association allait s’emparer des fonds des étudiants francophones pour supposément publier un journal bilingue, mais sans la moindre garantie de contenu francophone, ni même un poste francophone désigné dans l’organigramme. Typical Laurentian.

En célébrant la profondeur de sa personnalité franco-ontarienne, la directrice des communications écrit : «Tout ce que je suis, je le dois à la Laurentienne». C’est inexact. Sa personnalité franco-ontarienne, elle la doit aux figures qu’elle nomme qui, au sein de la Laurentian, se sont battues contre la Laurentian. Contre son bilinguisme minimaliste et récalcitrant. Contre sa culture institutionnelle qui restreint les francophones systémiquement. 

Ce que nous avons en commun, l’auteure et moi, c’est les souvenirs d’une université qui nous a façonnés. Ce qui nous distingue, c’est que je crois que nous méritions mieux. Car moi, j’ai compris les professeurs qui l’ont dit. Pour la prochaine génération, je souhaite plus que ce que j’ai eu. 

Mais pour rabattre mon espoir, il y a l’insignifiance du ministère des Collèges et Universités de l’Ontario, l’intransigeance de la Laurentian University et l’inconséquence de sa directrice des communications.

Normand Renaud,
Sudbury