Réjean Grenier
Francopresse
Réjean Grenier

La désinformation qui fait mal

«J’y ai presque cru»

Depuis que je tiens cette chronique pour Francopresse, j’ai sciemment évité d’écrire au sujet du président américain, Donald Trump. Je l’ai mentionné quelques fois en parlant de politiciens dangereux, mais jamais je ne lui ai consacré une chronique entière. Je me disais que vous en aviez probablement assez de voir son nom dans les autres médias et sur les réseaux sociaux. Mais là, Trump et sa maladie — ma petite-fille de quatre ans appelle la COVID-19 «la maladie» — c’est la nouvelle de la semaine et il est difficile de passer à côté. Surtout que, de mémoire de vieux journaliste, rares sont les nouvelles qui ont suscité autant de désinformation.

Dès que l’annonce a été faite que Trump était atteint de la COVID-19, les théories du complot ont explosé sur les réseaux sociaux.

On pouvait bien sûr s’attendre à ce que les pro-Trump accusent les démocrates d’avoir infecté le président, ou que les conspirationnistes de QAnon blâment sa maladie sur la «cabale pédo-sataniste» qui gouverne le monde — ben oui, ces idiots croient à ça.

Mais ce qui m’a le plus surpris, c’est de voir des gens et des médias qui recherchent habituellement la vérité commencer à douter de la nouvelle.

J’y ai presque cru

Plusieurs ont commencé à affirmer que c’était une fausse nouvelle, une stratégie politique afin de susciter la sympathie. D’autres ont cru que, à la suite de sa déconfiture au premier débat présidentiel, c’était une façon pour Trump de se défiler des prochaines rencontres.

Certains ont même pensé que, craignant sa défaite lors de l’élection présidentielle, il préparait une excuse.

Et ce qui m’a le plus déboussolé, c’est qu’en lisant ces théories, j’y ai presque cru pendant quelques instants! Et oui, même moi qui, lorsque j’étais éditeur du journal Le Voyageur, avais fait inscrire en première page cette devise : «L’artifice se dément toujours et ne produit jamais les mêmes effets que la vérité». Ayoye!

20 000 mensonges

Quoi qu’il advienne de sa carrière politique, voilà peut-être le pire héritage que nous laissera Donald Trump : en mentant dès qu’il ouvre la bouche — 20 000 mensonges et affirmations trompeuses depuis son élection — il nous a habitués à ne rien croire de ce qu’il dit.

Et quand ce ne sont pas ses propres menteries, cet homme sans conscience se fait un plaisir de colporter les théories les plus abracadabrantes afin de brouiller la vérité. Lorsque ces fausses affirmations et autres théories du complot sont colportées par des réseaux sociaux omniprésents, il est clair que la réalité est salement malmenée.

Une société saine doit partager une réalité commune. Cela ne veut pas dire qu’on soit toujours d’accord sur tout, mais, pour citer la Constitution des États-Unis, nous devons au moins convenir de certaines vérités inaliénables.

Le monde doit se rallier à une réalité commune, une réalité qui ne soit pas soumise aux élucubrations, aux sautes d’humeur et autres attaques de démagogues. C’est ce que je souhaite.

Je souhaite aussi qu’en se rétablissant, le président Trump recouvre un peu de bons sens. Pourquoi est-ce que j’en doute?