L'Université Laurentienne et l'Université de Sudbury
L'Université Laurentienne et l'Université de Sudbury

Être extrêmement mal informé

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur

Il devait y avoir quelques personnes mal à l’aise sur la terrasse de l'Université de Sudbury le 28 aout. De passage à Sudbury pour la campagne électorale, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a choisi ce lieu pour présenter ses promesses électorales sur l’éducation postsecondaire et les dettes étudiantes. Il a ajouté quelques commentaires au sujet du fiasco de l’Université Laurentienne et qu’il fallait la sauver… Avons-nous besoin de vous rappeler de quoi on parle ici?

Un petit mea culpa ici. Le Voyageur n’a pas été prévenu en temps opportun de la présence du chef à Sudbury. Aucun membre de notre équipe n'était en mesure de se rendre à la conférence de presse. Heureusement, un journaliste de ONfr+ était présent pour poser une question sur l’Université de Sudbury.

Selon l’article d’ONfr+, le «chef du NPD ne se dit toutefois pas d’accord avec l’idée de transférer les programmes en français de l’Université Laurentienne vers celle de Sudbury».

Vraiment? Quelles explications a-t-il reçues sur la situation? Comment a-t-on pu lui laisser dire une énormité pareille SUR UNE TERRASSE DE L’UNIVERSITÉ DE SUDBURY?

Vous savez qui devait être mal à l’aise après cette réponse? Le recteur de l’Université de Sudbury, Serge Miville. Il était là! On le voit sur les photos. Et très probablement la députée provinciale de Nickel Belt, France Gélinas, qui était aussi présente.

Celle-ci a écrit une lettre avec son collègue Guy Bourgouin en avril pour justement demander au gouvernement provincial «le rapatriement à l’Université de Sudbury de tous les programmes, le corps professoral et les cours offerts en français ainsi que le transfert de toutes les ressources matérielles, physiques, humaines et financières en lien avec l’offre de services en français et la programmation francophone de l’Université Laurentienne».

Comment est-ce que le parti fédéral peut être si peu au courant de la volonté des Franco-Ontariens de la région? Laquelle des personnes qui l’entourent n’a pas eu le temps d’expliquer la situation au chef?

Est-ce plus la volonté de la candidate du NPD pour la circonscription de Sudbury? Nadia Verrelli est une des nombreuses professeures de l’Université Laurentienne qui a été mise à pied en avril. Sauver cette université est probablement plus chère à son cœur et, comme le croit la Laurentian elle-même, il faut que les programmes en français restent afin de conserver du 12 millions $ du fédéral pour les services en français.

Le député du NPD sortant dans Timmins-Baie James est probablement aussi à blâmer. Tout au long du fiasco Laurentienne, Charlie Angus s’est acharné à attaquer le Parti libéral pour son inaction dans le dossier. Il n’a jamais été en mode solution, il a toujours été en mode blâme. M. Angus est un excellent politicien, mais, dans ce dossier, il a détourné le débat dans la mauvaise direction et l’Université de Sudbury n’a, apparemment, jamais été dans la mire du NPD fédéral. Elle était en difficulté, mais elle n’a jamais été vue comme une solution.

En fin de journée, le NPD a clarifié sa position et la députée sortante du NPD dans Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, Carole Hughes, a aussi détaillé la position du parti dans une entrevue avec Francopresse. Le NPD appuie les deux institutions, mais n’a pas le pouvoir d’exiger quoi que ce soit en matière de transfert de programmes. Il souhaite que le fédéral finance la transformation de l’Université de Sudbury et une collaboration pour assurer un bon accès à l’éducation postsecondaire en français à Sudbury.

Premièrement, cette réponse met bien en relief la limite de l’intervention du fédéral dans le dossier. Malgré les critiques de Charlie Angus, son parti vient de donner la même réponse que les députés libéraux qu’il attaquait : nous n’avons pas vraiment de pouvoir dans ce dossier, c’est à eux de décider.

Deuxièmement, nous l’avons déjà dit ici plus d’une fois : pour sauver l’Université de Sudbury et l’éducation postsecondaire en français dans le Moyen-Nord, il faut absolument transférer tous les programmes en français de l’Université Laurentienne vers l’Université de Sudbury. Si la Laurentienne s’est débarrassée des programmes «moins rentables» — quoique d’anciens professeurs ont démontré dans nos pages que ce n’était pas totalement vrai —, comment l'Université de Sudbury pourra-t-elle survivre sans les programmes «rentables»?

Au-delà de l’argent, la communauté franco-ontarienne ne fait aucunement confiance à l’Université Laurentienne et ne veut plus faire affaire avec cet établissement. Ça devrait être un argument suffisant quand on dit respecter les minorités et vouloir leur épanouissement.