Cinq députés, un message

Philippe Mathieu
Philippe Mathieu
Le Voyageur
Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
S’il y a une chose qui est claire après le débat du 15 septembre sur les enjeux francophones, c’est que tout ce qui concerne les francophones et le bilinguisme au Canada doit être de meilleure qualité, en plus grande quantité et modernisée.

Il était difficile de différencier très clairement les opinions des cinq députés. Par exemple, lorsque la question sur un plan d’action pour moderniser la Loi sur les langues officielles a été posée, les cinq porte-paroles des partis étaient tous en accord qu’une modernisation était due. Cependant, peu de détails ont été partagés sur ce qu’ils feraient s’ils étaient élus et ce qu’ils feraient différemment des autres partis. Leurs réponses laissent finalement entendre que l’électeur doit faire un acte de foi. 

Le fait est que tout le monde était sur la même longueur d’onde. Les services en français doivent être mieux financés, l’éducation francophone doit être mieux financée, les artistes et les entrepreneurs francophones doivent être mieux financées et l’immigration francophone doit gonfler les effectifs en qualité et en quantité. Mais pendant la majeure partie du débat, il était difficile de faire la différence entre leurs opinions et leurs stratégies.

Une des différences, c’est que tout le monde, sauf les conservateurs, croit que les juges de la Cour suprême devraient obligatoirement être bilingues. 

Nous avons seulement une question pour le député conservateur sortant de Richmond-Arthabaska et porte-parole du Parti conservateur du Canada (PCC) en matière de langues officielles depuis 2020, Alain Rayes : croyez-vous sérieusement qu’un des postes les plus puissants du pays ne devrait pas refléter son bilinguisme, surtout quand un Canadien sur cinq est francophone? 

Autant dire ensuite que les premiers ministres canadiens devraient être autorisés à entrer en fonction s’ils peuvent être unilingues. C’est franchement insultant et une demande de la communauté francophone depuis des années. Il se vante pourtant de respecter les demandes des francophones pour leur projet de modernisation de la loi.

Si la réponse à la question est oui, voici un suivi : comment le détenteur d’un poste aussi important pour la justice d’un pays peut-il être représentatif du peuple s’il ne connait pas une partie de sa langue et du bagage culturel qui la sous-tend?

L’autre grande différence se trouve en éducation. La candidate libérale et ministre des Langues officielles sortante, Mélanie Joly, a largement insisté sur le bénéfice du plan de son parti de créer des places en garderie abordable partout au pays. Elle y voit un outil de combat contre l’assimilation et de développement économique en permettant à plus de gens — surtout des femmes — d’intégrer le marché du travail. 

Si le Bloc et les néodémocrates sont d’accord, les conservateurs penchent plutôt vers le crédit d’impôt. Ce type de mesure a été utile dans le passé dans certaines circonstances. Mais le cout des garderies est tellement élevé en Ontario que le bénéfice arrivera trop tard. Si vous ne faites pas assez d’argent pour vivre et payer une garderie, un retour d’impôt plus important dans 9 mois ne vous aidera pas.

La question de l’éducation postsecondaire s’est invitée brièvement dans le débat. Encore là, tout le monde était d’accord sur le «plus». Mélanie Joly a prononcé le nom de l’Université de Sudbury, mais pas de l’Université Laurentienne. Les candidats conservateurs locaux ont déjà souligné qu’ils étaient d’accord avec le transfert des programmes francophones. Le NPD a clarifié sa position auprès de la Coalition nord-ontarienne pour une université francophone récemment.

Il manquait une chose…

En tant que média en milieu minoritaire, nous devons déplorer l’absence de la question de l’aide aux journaux et aux radios francophones du Canada. On a parlé des grands médias et d’internet — encore là avec des intentions très similaires —, mais pas des tout petits qui stimulent et font vivre la francophonie dans leur milieu sans influence québécoise. 

Les libéraux ont déjà mis en place des mesures d’appui financier qui ont permis de bonifier en partie l’offre de contenu. 

La plateforme conservatrice indique que ces subventions — évaluées à 600 millions $ — seront éliminées, car elles minent la liberté de la presse. Nous pouvons affirmer avec confiance que ce n’est pas la réalité, mais c’est un tout autre débat.

À tout le moins, les conservateurs proposent de taxer les revenus des géants du web et de transférer l’argent de la publicité vers les médias canadiens, «ce qui comprend les publications hebdomadaires communautaires, les médias régionaux et les médias ethniques». Cependant, ces mesures peuvent prendre du temps à mettre en place. Si les conservateurs coupent les autres mesures en place avant que leurs alternatives soient en place, plusieurs journaux pourraient ne pas survivre assez longtemps.