Un mal pour un bien

Réjean Grenier
Réjean Grenier
Francopresse
La cruelle débâcle de l’Université Laurentienne pourrait s’avérer un mal pour un bien pour la communauté franco-ontarienne, à condition de faire les bons choix à partir de maintenant. Les Noirs américains ont inventé un dicton, «Eyes on the Prize», qui doit maintenant guider les actions de nos dirigeants francophones.

Dans leur lutte pour l’émancipation, ce leitmotiv rappelait aux Afro-Américains que leur but ultime est l’égalité. 

Dans le dossier de l’éducation universitaire francophone en Ontario, le but ultime doit être la création d’une université de langue française provinciale avec, pour commencer, des campus à Sudbury, Ottawa, Toronto et Hearst. 

C’est ce que la communauté réclame depuis plus de 50 ans. C’est la conclusion unanime à laquelle sont arrivés les États généraux sur le postsecondaire en Ontario français, convoqués en 2013 par le Regroupement des étudiants franco-ontariens (RÉFO). C’est «the prize».

Le projet ne va pas assez loin

Le fiasco financier de la Laurentienne a détruit l’idée que les francophones sont bien desservis par des institutions bilingues. 

En début de semaine, l’université annulait 69 programmes et licenciait près de 100 professeurs et employés. Quelque 41 % des programmes discontinués étaient offerts en français. Cela représente 59 % de tous les programmes offerts en français à la Laurentienne.

Certains de ces cursus comme éducation, sagefemme, théâtre et promotion de la santé desservaient la communauté francophone depuis des années et étaient essentiels à son développement. D’autres, comme études de l’environnement et science économique, sont des domaines de l’avenir desquels les francophones sont maintenant exclus. 

Voilà comment nos institutions bilingues nous ont toujours traités.

Il est temps de reprendre le contrôle de notre savoir. Depuis l’annonce de l’insolvabilité de la Laurentienne, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) fait des pieds et des mains pour transformer ce mal en bien. 

Une des avancées proposées par l’AFO et l’Université de Sudbury (UdeS) — l’une des institutions fédérées à la Laurentienne — est que l’UdeS devienne non-confessionnelle et francophone et récupère tous les programmes en français de la Laurentienne. Ce serait donc une université autonome de langue française desservant le Nord de l’Ontario. 

Le projet est beau, mais à plus long terme, il est voué à l’échec parce qu’il ne va pas assez loin. 

Il est temps de créer l’Université franco-ontarienne

Comme me le soulignait récemment un ami, qu’est-ce qui vous fait croire que l’UdeS pourrait maintenir des programmes que la Laurentienne ne peut rentabiliser? 

La clé de l’énigme est pourtant claire : l’économie d’échelle, soit la baisse du cout de production unitaire d’un produit grâce à un accroissement de la quantité de production. Seule une grande université provinciale pourrait se permettre ces programmes.

Au lendemain des compressions sauvages annoncées par la Laurentienne, l’AFO publiait un communiqué indiquant les premières étapes d’un tel projet. L’organisme demande aux gouvernements provincial et fédéral de garantir le financement des programmes en français à la Laurentienne pendant au moins un an, le temps que l’UdeS se prépare à les accueillir. 

L’AFO somme aussi le gouvernement provincial d’ajouter à la Charte universitaire de l’UdeS le pouvoir de décerner des diplômes (degree-granting). Les étudiants présentement inscrits à UdeS reçoivent leurs diplômes de la Laurentienne. 

C’est évidemment un début, mais il faut aller plus loin sans attendre une deuxième étape, comme certains le proposent. Il faut agir maintenant. 

Nous devons d’urgence réclamer que le ministère des Collèges et Universités de l’Ontario transfère tous les programmes en français de l’Université d’Ottawa et du Collège Glendon à une nouvelle institution provinciale francophone. 

Si les deux institutions bilingues renâclent, que le ministre menace de leur retirer l’agrément et le financement liés à ces programmes. Fini le temps d’être conciliant quand on parle de notre avenir!

L’UdeS, l’Université de Hearst et l’Université de l’Ontario français deviendraient les campus nord-ontariens et torontois de cette université provinciale. Avec la collaboration de l’Université d’Ottawa et du Collège La Cité, la nouvelle université créerait un campus à Ottawa.

Appelons cette nouvelle institution l’Université franco-ontarienne (UFO). En Ontario français, on n’a jamais eu peur des aliens.