Pride, police et pandémies

Quand les bons mots ne suffisent pas...

Face à une pandémie, les célébrations de la Fierté partout au pays (et dans le monde) ont majoritairement pris un virage vers des plateformes numériques et donc ressemblent très peu aux Fiertés d’antan. Plusieurs d’entre nous se souviennent de la Fierté comme étant des célébrations avec des performances musicales, des barbecues, des costumes, des soirées dansantes et du pur plaisir fou. Par nécessité, elles ont dû se transformer. Mais, pourquoi donc est-ce que les organismes responsables de ces festivités partout sur le continent parlent aussi de la police et de Black Lives Matter?

La communauté LGBTQ+ a une relation très complexe avec les forces de l’ordre : jusqu’en 1969, c’était illégal pour deux hommes consentants d’avoir des relations sexuelles au Canada. L’an dernier, le 50e anniversaire de la légalisation des relations homosexuelles a été l’objet de nombreuses célébrations, sans oublier un Loonie commémoratif. Ce qui n’a presque pas été discuté, c’est comment cette légalisation a fini par augmenter le nombre d’arrestations d’hommes gais au Canada.

Au moment où Pierre Trudeau poussait pour la légalisation, à New York, un groupe formé surtout d’hommes gais, de lesbiennes boutches et de dragqueens s’est battu contre la police lors des émeutes de Stonewall, évènement que l’on considère comme précurseur aux défilés de la Fierté et le coup d’envoi du mouvement de libération LGBTQ+ dans la société occidentale. Le premier défilé à Toronto en 1981 était en réponse à l’arrestation de 286 hommes dans quatre saunas gais de la ville reine.

Alors que les forces policières offrent maintenant une certaine protection aux hommes gais et femmes lesbiennes blancs des classes moyenne et supérieure, des personnes trans, racisées et à faible revenu sont toutefois davantage affectés négativement. À titre d’exemple, on peut penser au cas du tueur en série Bruce McArthur et aux façons dont le Service de police de Toronto a mal géré les disparitions et les meurtres d’hommes gais de couleur. Dans ce même sens, les femmes Noires et trans sont assassinées à des taux démesurés, leur cas n’étant souvent pas résolu.

Seulement à Sudbury, dans la dernière année, des personnes membres de groupes suprémacistes blancs ont ciblé Fierté Sudbury Pride et certains de ses membres par le biais de harcèlement en ligne et, dans quelques cas, visitant leurs milieux de travail. Alors que certains médias et politiciens (spécifiquement du NPD) ont été sympathiques, le service de police n’est pas intervenu à de nombreuses reprises, parfois ne retournant pas les appels des personnes qui étaient victimes du comportement et qui, raisonnablement, avaient raison de ne pas se sentir en sécurité.

Le service de police a tout de même affirmé qu’il était un allié de la communauté LGBTQ+. Cependant, ce n’est pas à la police de décider si elle est un allié ou non, mais plutôt à la communauté marginalisée. Tant que la police ne peut entièrement soutenir la communauté LGBTQ+, elle ne peut pas être son alliée et ne peut certainement pas participer à des défilés de la Fierté.

La communauté LGBTQ+ sudburoise n’est pas une communauté homogène. Elle a des membres Noirs et Bruns, certains nés au Canada, d’autres des réfugiés ayant échappé aux régimes oppressifs de leur pays d’origine. Elle a des membres autochtones et à deux esprits, qui tentent souvent d’y incorporer des éléments de leur culture que le colonialisme, les pensionnats et le système de familles d’accueil ont éradiqués au fil des siècles.

Jusqu’à 40 % des jeunes sans abris de moins de 18 ans s’identifient comme étant membres de la communauté, mais il n’y a pas de foyer à Sudbury qui peut les héberger. Les membres de la communauté ont aussi tendance à être moins aisés financièrement que leurs homologues hétérosexuels, surtout s’ils sont racisés, autochtones ou trans ou s’ils ont un handicap. Tous ces groupes sont statistiquement plus soumis à des contrôles policiers excessifs, à avoir des relations négatives avec la police et à être tués par la police.

La communauté LGBTQ+ a un historique de contacts négatifs avec les forces policières et plusieurs pans de celle-ci sont toujours victime de ciblage injuste. Alors que des groupes Black Lives Matter partout en Amérique exigent que les gouvernements évaluent les budgets et les pratiques des forces de l’ordre, il est essentiel que la communauté LGBTQ+ appuie pleinement le définancement de la police et le réinvestissement dans nos systèmes sociaux et communautaires. La première Fierté était une rébellion contre le traitement injuste que subissait la communauté — c’est notre responsabilité aujourd’hui de poursuivre le travail et d’appuyer tous nos confrères qui luttent toujours pour la justice et l’équité.


Laur O’Gorman, PhD

Conseiller•ère en diversité, Fierté Sudbury Pride