«Comprendre le français, c’est une chose. Comprendre les enjeux liés aux langues officielles au pays, c’en est une autre», écrit notre chroniqueur, Martin Normand.
«Comprendre le français, c’est une chose. Comprendre les enjeux liés aux langues officielles au pays, c’en est une autre», écrit notre chroniqueur, Martin Normand.

Parler et comprendre le français ne suffisent pas

Martin Normand
Martin Normand
Francopresse
Les partis d’opposition ont manqué plusieurs occasions de bien paraitre

Dans la foulée du choix d’Erin O’Toole pour diriger le Parti conservateur du Canada, plusieurs commentateurs ont souligné le fait que non seulement le nouveau chef parle le français, mais il le comprend aussi. Ses interactions avec les journalistes l’ont bien démontré. On peut s’en réjouir, mais la barre devrait être un peu plus haute. Comprendre le français, c’est une chose. Comprendre les enjeux liés aux langues officielles au pays, c’en est une autre.

Sur ce plan, les partis d’opposition à la Chambre des communes ont fait piètre figure depuis l’élection de l’automne 2019. Cette faiblesse de l’opposition fait en sorte que peu d’échanges réels et constructifs se tiennent sur la promotion et la protection des langues officielles et sur l’épanouissement des communautés minoritaires de langue officielle au pays.

Certes, le programme défendu par Erin O’Toole durant la course à la direction faisait référence aux langues officielles, notamment en promettant de collaborer avec les provinces en vue d’appuyer l’épanouissement des communautés de langues officielles en situation minoritaire et d’élargir le mandat du Commissariat aux langues officielles (CLO). Il faudra voir comment ces promesses pourront s’opérationnaliser dans les faits.

Toutefois, il promet aussi de privatiser la CBC sans pour autant toucher à Radio-Canada; ce qui, dans les faits, pourrait à terme affaiblir les stations régionales du diffuseur public à l’extérieur du Québec.

Les partis d’opposition demeurent muets

Mais au-delà des positions du nouveau chef conservateur, les partis d’opposition peinent à articuler une vision précise des enjeux liés aux langues officielles du pays. Il faudra voir si le nouveau porte-parole du Parti conservateur du Canada en matière de langues officielles, Alain Rayes, se fera moins discret que son prédécesseur, Chris d’Entremont.

Quant à l’actuel porte-parole en matière de langues officielles du NPD, Charlie Angus, il reste complètement silencieux sur ces enjeux tout comme, au demeurant, le chef du parti.

Or, les moments où leurs contributions auraient été bienvenues ont été nombreux dans les derniers mois :

Sur la question de l’étiquetage unilingue anglais des produits désinfectants, seul le Bloc Québécois a réagi aux annonces initiales. Il n’y a pas eu de réactions aux règlements inadéquats qui ont suivi et qui devaient permettre de répondre aux inquiétudes dans la population.

Sur les nouvelles questions du recensement, la seule véritable réaction de l’opposition est venue de l’ancien porte-parole pour les langues officielles du Nouveau parti démocratique, François Choquette, qui a été défait l’automne dernier et qui ne peut donc pas intervenir en Chambre ou en comité.

Sur les difficultés que rencontrent les institutions postsecondaires francophones ou bilingues au pays, la situation du Campus Saint-Jean en Alberta en particulier, aucun parti de l’opposition n’est intervenu.

Il existe pourtant des espaces privilégiés dans les institutions parlementaires fédérales pour débattre des enjeux liés aux langues officielles. Parmi eux, le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes.

Or, dans les dernières semaines, les partis de l’opposition ont instrumentalisé le comité pour donner encore plus d’espace à la controverse entourant l’octroi de la gestion de la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant à l’organisme UNIS.

À qui le gouvernement doit-il rendre des comptes?

Il y a certes des questions qui demeurent sans réponse quant à la place des langues officielles dans cet épisode. Mais une étude plus vaste sur les clauses linguistiques dans l’octroi de programmes par le gouvernement fédéral à des tiers aurait été plus utile pour les communautés qui espèrent trouver des alliés dans ce comité.

Soulignons d’ailleurs que ce même comité avait été très prompt à inviter des représentants du gouvernement ontarien après l’annonce de l’abolition du projet de l’Université de l’Ontario français à l’automne 2018. Il n’en a pas fait autant pour la crise que traverse actuellement le Campus Saint-Jean.

Le Parti libéral du Canada est loin de faire un sans-faute quant aux langues officielles depuis son élection en 2015. Nul besoin de faire à nouveau l’énumération des bourdes et des faux pas des dernières années. Il est donc d’autant plus nécessaire d’avoir des partis d’opposition qui sont équipés pour demander au gouvernement de rendre des comptes en matière de langues officielles.

Les partis d’opposition devraient pouvoir compter sur des éléments clés de leurs caucus qui maitrisent les enjeux liés aux langues officielles, nourrissent les débats, positionnent leurs partis sur ces enjeux et proposent des pistes d’action constructives. Il revient aux chefs de veiller à ce que leurs partis soient en mesure de remplir cette fonction.

Parler et comprendre le français ne suffisent tout simplement pas.