L’Institut franco-ontarien : 45 ans au service du savoir sur l’Ontario français

Gratien Allaire, Ancien directeur (2000-2001 et 2003-2010)

C’est dans le climat d’affirmation identitaire des années 1970, celles de la «révolution culturelle» du Nouvel-Ontario et de la création de nombreux organismes, qu’est né en 1976 l’Institut franco-ontarien (IFO), cet «acteur incontournable de la francophonie ontarienne». 

Ce centre de recherche a été fondé par six professeurs de l’Université Laurentienne qui voulaient former une communauté de chercheurs et de chercheuses de tout l’Ontario pour répondre au besoin de mieux connaitre la communauté franco-ontarienne et de diffuser cette connaissance parmi les universitaires et le grand public. Comme ils enseignaient en français dans des disciplines différentes, ces fondateurs reconnaissaient la nécessaire rencontre des disciplines pour atteindre ces objectifs.

Les colloques

Pour constituer sa communauté de recherche, l’IFO a privilégié les colloques; il en a tenu cinq durant ses deux premières années, dont un sur l’avenir de la francophonie ontarienne. Ces colloques (17 au total) ont été novateurs et pertinents, traitant de littérature comme d’éducation, de droits linguistiques et d’études féministes et autres (voir : Donald Dennie et Annette Ribordy, «Les vingt-cinq ans de l’Institut», Revue du Nouvel-Ontario, No 25, 2000, p. 9-44).

Le colloque de 1982 sur un éventuel office de la langue française présageait la Loi sur les services en français de l'Ontario (loi 8). Celui de 1986 sur la question des institutions qui favorisent l’épanouissement d’une minorité culturelle était à l’avant-garde de la complétude institutionnelle. L’ambitieux forum international de 1998 sur la situation des arts au «Canada français» a identifié des pistes de recherche et des avenues d’action et de création pour les universitaires et le milieu artistique.

En 2015, le colloque pour souligner les 400 ans de l’Ontario français a permis à une nouvelle génération d’apporter son propre éclairage par l’historiographie, la mémoire et une perspective comparée. La très ancienne question de l’université pour le Nouvel-Ontario, soulevée de nouveau, est devenue d’actualité six ans plus tard. 

La recherche

Pour relever les défis reliés au financement, l’IFO a souvent orienté ses recherches vers les besoins d’organismes communautaires.

L’Institut s’est beaucoup intéressé aux questions de santé. En 1989, dans le contexte de la loi 8, il a mené en collaboration avec le Centre de recherche en développement humain une enquête sur les services de santé en français dans le Nord-Est, enquête qui a mené à une solution originale et d’avenir : le Centre de santé communautaire de Sudbury. Dans le contexte de recherche-action de ces années, d’autres enquêtes ont examiné la disponibilité des services de santé physique et mentale dans plusieurs secteurs du Nord-Est. L’IFO a aussi étudié en 1990 les conditions de vie des Franco-Ontariennes de 45 à 64 ans pour la Fédération des femmes canadiennes-françaises de l’Ontario.

La santé a pris une importance nouvelle au moment de l’engagement du gouvernement fédéral pour la santé des communautés minoritaires francophones. Avec le Programme de recherche, d’éducation et de développement en santé publique du Service de santé publique de Sudbury et du district, l’Institut et un imposant groupe de collaboratrices et de collaborateurs ont publié en 2005 le Deuxième rapport sur la santé des francophones de l’Ontario. Cette étude en a fait connaitre les déterminants et les caractéristiques à l’administration et à la population étudiante de la toute nouvelle École de médecine du Nord de l’Ontario.

Publiée en 2005, la recherche sur le bilinguisme et l’emploi a conclu que l’importance qu’un employeur accorde au bilinguisme dépend de sa propre langue et de l’environnement dans lequel opère son entreprise, une donnée qui peut influencer les jeunes et leur choix d’école. Au début des années 2010, l’IFO a remis une étude contextuelle du développement économique et commercial de la francophonie nord-ontarienne à l’agence FedNor et a étudié la qualité de vie des étudiants postsecondaires pour le Consortium national de formation en santé.

Les publications

Une communauté de recherche se nourrit d’écrits. Dès 1978, l’IFO a lancé la Revue du Nouvel-Ontario, que présentera le prochain article de cette chronique. Il a démarré la prolifique collection «Fleur de Trille» pour faire connaitre ses colloques et la recherche sur l’Ontario français (voir : Institut franco-ontarien, http://institutfranco-ontarien.ca/). 

Ces publications, et d’autres sous l’égide de l’IFO, ont présenté les écrits des spécialistes de la francophonie ontarienne sur des sujets comme Opération Constitution et l’usage du français dans le système juridique. Elles ont aussi permis de mettre en valeur des travaux d’étudiants, comme sur les ouvriers mineurs et sur l’identité d’un peuple qui oublie son nom. 

Collaboration et engagement communautaire

La collaboration interne et externe fait partie de toute l’histoire de l’IFO. Celle avec les Éditions Prise de parole dure depuis les tout débuts et elle dépasse les publications de l’IFO. Avec l’Acfas-Sudbury, les annuelles Journées du savoir et les fréquentes conférences publiques ont servi à la diffusion du savoir, toutes disciplines confondues. Pour le Réseau de la recherche sur la Francophonie canadienne, il a accueilli à deux reprises son séminaire d’été et contribué à l’organisation de colloques lors du congrès annuel de l’Acfas. Avec le Français pour l’avenir / French for the Future, il a été l’organisateur de plusieurs de ces rencontres annuelles destinées à la population étudiante des écoles secondaires françaises et d’immersion. Tout récemment, il a été partenaire de l’important Franco-parole III en juin 2021.

Conclusion

L’existence de l’Institut a toujours été fragile, soumise aux aléas de financement de l’université et des agences. L’IFO a été créé et s’est maintenu grâce au dévouement de ses membres. Lorsqu’il bénéficiait du financement de l’université, il se dotait d’une infrastructure minimale qui lui a grandement servi à obtenir les moyens requis pour poursuivre ses recherches. Il a été un incubateur de plusieurs projets complétés hors de ses cadres. Plusieurs étudiants et étudiantes y ont trouvé les moyens de poursuivre leur formation. Pendant 45 ans, l’IFO a apporté sa généreuse contribution à l’évolution des réformes sociales, scolaires et politiques pour l’Ontario français et, aussi, à la formation du champ de recherche des études franco-ontariennes et franco-canadiennes.