Réjean Grenier
Photographie d'élèves masculins du pensionnat de Fort Albany dans une classe supervisée par une religieuse c 1945. Provenant de la collection Edmund Metatawabin de l'université d'Algoma.
Photographie d'élèves masculins du pensionnat de Fort Albany dans une classe supervisée par une religieuse c 1945. Provenant de la collection Edmund Metatawabin de l'université d'Algoma.

Le racisme

Les mots qui peuvent tuer la confiance en soi.

En voyant l’arrestation et le décès de l’Afro-Américain George Floyd aux mains de policiers blancs de Minneapolis, les Canadiens ont, tout comme des millions de personnes de par le monde, été horripilés. Pour plusieurs, notre première réaction aura été de se dire «qu’heureusement, ça ne se passe pas comme ça ici». Une réflexion un peu plus poussée nous obligera cependant à revoir notre supposée supériorité nationale au sujet du racisme.

La semaine dernière, j’écrivais un éditorial pour le journal Le Voyageur dans lequel je faisais justement cette mise au point. Je terminais en écrivant : «En fait, la semaine dernière au Canada, les policiers ont tué deux Autochtones, Jason Collins et Eishia Hudson, et un Noir, D’Andre Campbell. Depuis 2013, 27 non-Blancs canadiens ont succombé sous les balles de la police». Depuis, les choses n’ont fait qu’empirer.

Le journal venait juste de publier cet éditorial lorsque nous avons appris qu’une jeune Autochtone venait d’être abattue par un policier d’Edmundston, au Nouveau-Brunswick, qui venait justement voir comment elle allait — un «wellness check».

Et pour couronner la semaine, le chef de la Première Nation Athabasca Chipewyan, Allan Adam, a tenu une conférence de presse samedi pour dénoncer la violence policière subie par sa famille lors d’une vérification policière pour une infraction au Code de la route. Une photo du chef prise après l’altercation démontre une violence que nous, Blancs, ne vivons pas souvent.

Cela étant dit, notre racisme n’est pas toujours aussi violent. Souvent, il se manifeste plutôt par des paroles désobligeantes envers les personnes racisées et des mots peuvent parfois tuer. Ils peuvent tuer la confiance en soi chez les victimes, ils minent la bonne entente entre Canadiens de toutes origines et ils détruisent, lentement mais surement, les valeurs de politesse et de tolérance qui sont la base du vivre-ensemble.

Là où le bât blesse encore plus, c’est au niveau de notre relation avec les Premières Nations. N’oublions pas qu’il y a une cinquantaine d’années à peine nous les appelions encore «sauvages», que nous les parquons encore dans des réserves et que nous les contrôlons avec une loi infantilisante nommée Loi sur les Indiens. Notre propre attitude de colonisateurs est à la source de nombreux problèmes de santé mentale, de dépendance et surtout de pauvreté qui affligent ces peuples.

Ne soyons pas surpris lorsqu’on apprend qu’en 2015, le taux d’incarcération des Autochtones canadiens était de 14 % alors qu’ils ne formaient que 5 % de la population, que leur salaire moyen ne représentait que 70 % du salaire moyen canadien et que leur taux de chômage était de plus de 14 %. La situation n’a pas beaucoup changé depuis 5 ans et il est grand temps d’y remédier à titre de société.

C’est un idéal de sécurité et de non-violence qui, depuis plus de 400 ans, attire des milliers de nouveaux arrivants au Canada. C’est ensuite le respect que nous leur démontrons qui les incite à s’intégrer à notre société. Cette ouverture à l’autre est ce qui nous a permis de bâtir une société juste. Mais nous avons encore beaucoup de chemin à faire.

Nous devons continuer à accueillir chaleureusement ceux qui viennent ici pour un avenir meilleur et nous devons rendre la politesse aux Premières Nations qui nous ont permis de vivre avec elles. Nous n’en serons tous que plus forts.

Réjean Grenier

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Réjean Grenier
Chronique

Personne n'est qualifié et la crise du coronavirus ne fait certainement pas changé d'opinion