Jacqueline Gauthier, Laïla et Jeanne d’Arc, trois générations qui ont eu des expériences bien différentes quant à la place des femmes dans la société.
Jacqueline Gauthier, Laïla et Jeanne d’Arc, trois générations qui ont eu des expériences bien différentes quant à la place des femmes dans la société.

Trois générations de femmes, trois visions

Journée internationale des femmes

Jacqueline Gauthier
Chroniqueuse invité

Encore une fois, nous célébrons la Journée internationale des femmes. Pourtant, je rêve du jour où nous n’aurons plus besoin d’une telle journée «spéciale» pour éveiller la conscience des gens et les sensibiliser à la valeur des femmes dans notre société. Puis je me souviens que nous ne connaissons pas encore une pleine égalité entre les hommes et les femmes. Toutefois, les choses s’améliorent... heureusement! Permettez-moi de vous le démontrer... 

Jeanne d’Arc, la mère et grand-mère

Ma mère est née en 1942, la huitième de huit enfants. Parfois, quand je m’arrête pour penser à tous les changements que ma mère et les femmes de sa génération ont vus au fil des ans, je suis étourdie. Pensez-y un peu : ces femmes sont passées du téléphone à rondelle au téléphone intelligent, de la laveuse à linge avec tordeuse à main à une ribambelle de machines qui accomplissent toutes sortes de tâches dans leur maison! 

Jeanne d’Arc est allée à «l’École normale» après sa 12e année. Elle est devenue enseignante. Puis, elle s’est mariée... et comme les femmes de sa génération, elle a dû mettre ses ambitions et ses rêves de côté pour appuyer son époux et s’occuper de ses quatre enfants. Elle a donc joué son rôle traditionnel de femme, de mère, de grand-mère. 

Rôle traditionnel... mais pas toujours, en fait. Femme de cultivateur, elle pouvait conduire un tracteur, traire des vaches, jardiner, nourrir une armée d’employés ou accomplir ses tâches du quotidien. En plus, elle a appris à faire la comptabilité de la ferme, maitrisant de nouveaux programmes informatiques au fur et à mesure que la technologie progressait. De plus, elle a trouvé le temps et le courage pour s’impliquer, contribuer à sa communauté, grandir et évoluer.

Aujourd’hui, à presque 80 ans, elle maitrise l’utilisation de l’ordinateur, de sa tablette, de son téléphone intelligent et oui, de sa montre Apple! Elle m’épate! Elle et les femmes de sa génération ont fait sauter bien des barrages, à mon avis! 

Jacqueline, la fille et maman

Moi, je suis née en 1963, la première de quatre enfants. J’ai appris à travailler avec ma mère dès un jeune âge, car ce sont les attentes que l’on a de l’ainée si elle est une fille. Par contre, on n’a jamais contesté la possibilité que j’aille à l’université et que je fasse carrière, un jour. Ça allait de soi, que je sois une fille ou un garçon. Et c’est ce que j’ai fait. J’ai obtenu un baccalauréat et une maitrise et j’ai choisi d’être une femme professionnelle. 

Certes, le fait que je sois une femme n’a pas toujours été facile. Il y a encore des hommes (je dirais... d’une certaine génération?) qui ont beaucoup de difficulté à accepter qu’une femme soit en position d’autorité. Et ne nous bernons pas : il y a encore un fameux «boys’ club» dans bien des organismes. Je pourrais vous en parler longtemps...

Au fil des ans, j’ai vécu des frustrations, des humiliations, des déceptions grâce à certains messieurs qui croyaient sincèrement qu’ils avaient le droit de me traiter comme une personne de seconde classe. J’ai appris à choisir mes batailles, à m’affirmer, à me défendre et... à pardonner. 

On ne défait pas des siècles d’encodage génétique et social en quelques années! 

Leïla, la fille et petite-fille

Leïla est née en 1992; elle est enfant unique. Sa maman tenait à avoir une carrière et refusait donc de mettre au monde des enfants qu’elle risquait de négliger. Elle en a donc eu une seule à qui elle a tout donné. Leïla a appris très jeune qu’elle pouvait choisir sa vie, sa carrière. Le fait d’être une fille n’a jamais représenté un obstacle pour elle. Elle est maintenant médecin, diplômée de l’École de médecine du Nord de l’Ontario. Elle fait une résidence en dermatologie — l’une des disciplines les plus compétitives au pays. Rien ne l’arrête. 

Durant ses quatre années à l’EMNO, plus de 60 % des jeunes adultes qui se destinaient à la médecine étaient des femmes. Et c’est le cas pour la majorité des disciplines, même celles où l’on retrouvait davantage de garçons, autrefois. Je prédis que le monde du travail changera beaucoup dans les années à venir. 

Leïla rencontre-t-elle des défis à cause de son statut de femme? Oui, quelques-uns. Toutefois, j’ai l’impression que les choses changent, que le fait d’être une femme professionnelle devient une réalité de plus en plus normalisée. 

Épilogue

Trois générations de femmes... qui illustrent quelque peu le chemin qui a été parcouru au fil des ans. Avons-nous encore des obstacles sur le chemin devant nous? Certes. Mais au moins, nous allons dans la bonne direction!