Yannick Tellier a dû danser avec les longs bas roses de sa sœur lors du mariage de son petit frère Pierre à Sudbury en 2013. Une de ses tantes s’approche pour mettre de l’argent pour les mariés dans les bas.
Yannick Tellier a dû danser avec les longs bas roses de sa sœur lors du mariage de son petit frère Pierre à Sudbury en 2013. Une de ses tantes s’approche pour mettre de l’argent pour les mariés dans les bas.

La danse sur les bas

Tradition canadienne-française

L’ethnologue Jean-Pierre Pichette, qui a longtemps travaillé à l’Université de Sudbury, publiait en 2019 la recherche La danse de l’ainé célibataire. Le Québécois d’origine avait été témoin de cette tradition en assistant à un mariage dans le Nord de l’Ontario, tradition que lui et sa collègue n’avaient jamais vue auparavant. Le livre retrace sa recherche et tente de trouver l’origine de la danse, qui se compare à une gentille humiliation.

La plus vieille mention canadienne trouvée par le chercheur d’un «Rigaudon en semelle de bas» est dans une lettre de Louis Joseph Papineau, écrite en 1826. Ce passage faisait référence à la fille d’un ami qui voulait se marier avant sa sœur plus vieille.

Le chercheur à trouver des mentions de la danse surtout dans le Nord-Est de l’Ontario — Sudbury, Timmins, Cochrane, Kapuskasing, Chapleau, Nipissing Ouest, Moonbeam… —, mais aussi dans l’Est et le Centre, dans certaines régions du Québec, dans les Maritimes et même des variations aux États-Unis. Le nom peut changer aussi selon la région, comme «danser en pieds de bas» à Hearst ou «danser sur les chaussons» à Verner.

Dans le Nord-Est, la tradition demande que l’ainé.e célibataire — homme ou femme — enfile des bas colorés souvent confectionnés par un autre membre de la famille et exécute une danse rythmée seul.e. La famille se place en cercle autour du danseur et, dans certaines familles, on lance de l’argent qui sera remis aux mariés.

Yannick Tellier a dû danser avec les longs bas roses de sa sœur lors du mariage de son petit frère Pierre à Sudbury en 2013. Une de ses tantes s’approche pour mettre de l’argent pour les mariés dans les bas.

S’il y a plus d’un.e ainé.e, on les fait tous danser en même temps. Un individu peut aussi devoir faire la danse plus d’une fois et M. Pichette a recensé quelqu’un qui a dû la faire sept fois, une autre treize fois.

Cette danse semble de plus en plus remplacer une tradition un peu plus humiliante : la danse dans l’auge — l’auge étant le récipient où l’on met la nourriture pour les cochons.

Origines

«Il a existé plusieurs formes au Canada pour cette sanction, mais presque toujours dans le cadre d’une danse.» (page 23)

Pourquoi une sanction pour l’ainé.e si l’un de ses jeunes frères ou l’une de ses jeunes sœurs se marie avant lui? Il n’y a pas si longtemps, marier ses enfants dans l’ordre de leur naissance était encore pratique commune. Rester célibataire trop longtemps était en quelque sorte un signe d’échec. La danse est donc une façon de souligner leur échec, mais aussi de signaler à l’autre famille qu’ils sont disponibles...

La tradition orale est d’ailleurs remplie de chansons folkloriques rappelant qu’«il me faut un mari», ou des histoires de filles qui se sont mariées très jeunes, rappelle M. Pichette. Sans oublier les expressions «vieux garçon» et «vieille fille», des termes péjoratifs désignant des célibataires de plus de 25 ans.

Jean-Pierre Pichette n’a pas été en mesure de déterminer la région d’origine exacte de cette tradition, mais il suggère d’inspecter plus en détail les influences celtes sur la culture francophone nord-américaine. La Bretagne (au nord de la France), d’où venaient plusieurs habitants de la Nouvelles-France, semble avoir été un lieu propice au mélange des traditions celtiques et françaises.

Tricots de Claire Savage-Gervais de Sudbury destinés à la danse de l’ainé célibataire  (page 43).
Nipissing Ouest

L’enseignante de l’École secondaire publique Odyssée, Sylvie Vannier, va se souvenir longtemps de son expérience saut avec l’équipe de parachutistes des Forces armées canadiennes. L’éducatrice franco-ontarienne native de Sturgeon Falls fait partie de ceux et celles qui ont réalisé leur rêve de sauter d’un avion avec la formation des SkyHawks. En plus, elle l’a fait au-dessus du Concours international de labour à Verner.