Rebâtir un village fantôme une photo à la fois

Éric Boutilier
Éric Boutilier
Le Voyageur
Le village abandonné de Kiosk va connaitre en quelque sorte une deuxième vie sur internet.

Deux anciens résidents, Kent Lagace et Paul Laferrière, se sont donné la tâche de repérer et de numériser une grande quantité d’images pour un album photos et une carte interactive de cette communauté du Nipissing qui — en grande partie — n’existe plus.

Malgré une triste fin, un bon nombre de personnes — dont MM. Lagace et M. Laferrière — gardent de beaux souvenirs de leur village d’enfance et veulent partager les aspects positifs de Kiosk avec les prochaines générations avec le projet Let's Rebuild Kiosk (rebâtissons Kiosk).

«J’ai pensé que ce serait une bonne occasion pour faire une compilation de photos, car la plupart des édifices étaient déjà démolis avant même que mes enfants viennent au monde», explique M. Lagace. 

«J’ai travaillé pour le ministère des Richesses naturelles et des Forêts [au parc Algonquin] et je me souvenait de plusieurs choses en faisant la route. Par contre, lorsqu’on vieillit, ces mémoires s’estompent avec le temps», raconte l’homme de 58 ans.

«C’est ma génération qui en est la dernière à avoir vécu là. Alors si je suis en mesure de préparer une tournée virtuelle, je vais pouvoir montrer à mes enfants où j’ai demeuré et grandi.»

La scierie

Un terrain de camping à l’entrée nord-ouest du parc provincial Algonquin, Kiosk était autrefois un village forestier. À son apogée, il comptait 600 résidents. Le village a cependant été victime d’une série d’évènements malheureux. En 1973, la scierie Staniforth — l’employeur principal — a été détruite par un incendie. Le gouvernement de l’Ontario de l’époque a ensuite annoncé l’agrandissement du parc Algonquin et que les résidents devaient quitter la communauté avant 1996.

Les responsables du projet Rebuild Kiosk ont besoin de différents angles de photos d’édifices pour recréer le village. Jusqu’à présent, ils ont été en mesure de retrouver des images du moulin, du magasin général, de l’école, de l’église, de la gare et de certains domiciles. M. Lagace espère néanmoins que plusieurs vont prendre le temps de creuser dans leurs archives personnelles et en soumettre quelques-unes pour publication sur le site.

«J’aimerais représenter chaque maison et chaque bâtiment dans la galerie de photos. On veut également montrer les différentes époques de la communauté et démontrer comment les choses ont changé», indique-t-il. 

«Avec l’exploitation forestière au moulin, il y avait un dortoir pour les travailleurs qui n’habitaient pas au village. L’ancienne école a été convertie en centre communautaire où il y avait un restaurant avec des machines à boules», se souvient M. Lagace.

«Le [Canadien National] avait un rôle à jouer lorsqu’il s’agissait de transporter les matériaux au moulin et en dehors de la communauté. Plusieurs personnes arrêtaient également à Kiosk pour rentrer au parc Algonquin.»

Ce qui est maintenant le terrain de camping de Kiosk est situé à environ une trentaine de kilomètres au sud de la Transcanadienne 17. Selon le Musée de Mattawa, le nom Kiosk est abrégé du mot Kioshkokwi qui signifie «lac aux nombreux goélands».