Le bicentenaire d’une communauté métissée

Éric Boutilier
Éric Boutilier
Le Voyageur
Killarney est une communauté métissée qui doit son existence à un voyageur français.

Killarney se prépare à célébrer son 200e anniversaire à l’été 2021 en espérant que la pandémie ne sera plus qu’une préoccupation du passé. Cette collectivité de 386 âmes située à 109 kilomètres au sud-ouest de Sudbury deviendra l’une des premières à franchir ce jalon depuis l’arrivée des colonisateurs dans la région de la rive nord du lac Huron.

Killarney est une communauté métissée qui doit son existence aux voyageurs, plus précisément le commerçant de fourrures Étienne Augustin Rocbert de la Morandière et son épouse, Josephte Saisaigonokwe. Le couple s’est installé dans cette région des Grands Lacs en 1820 pour établir un poste de traite.

Pendant plusieurs années, la désignation officielle du village était Shebahonaning — un mot de la langue objiwé qui signifie «passage de canoës». Ce n’est qu’au début des années 1850 que Shebahonaning a été rebaptisé Killarney.

Les origines de ce nouveau nom demeurent cependant un mystère. Selon certains, la demande aurait été faite par un maitre de poste qui préférait avoir une dénomination provenant de la langue anglaise. D’autres croient que ce serait plutôt l’épouse du gouverneur général Dufferin, Hariot Hamilton-Temple-Blackwood (Lady Dufferin), qui aurait suggéré le nom en faisant une comparaison du paysage à celui de la ville de Killarney, en Irlande.

Au cours des décennies suivantes, de nombreuses industries — dont l’exploitation forestière, la pêche et le tourisme — se sont développées dans la région et ont remplacé la traite de fourrures.

«Killarney était un village de pêche important vers la fin des années 1800. Les frères Lowe — Albert et Charles — se sont joints à Joseph Roque [entrepreneur et fils de Ferdinand Roque] pour établir une coopérative de pêche afin de transporter du poisson en allant jusqu’à la ville de New York», raconte la mairesse de Killarney, Nancy Wirtz.

«Le tourisme a toujours été très populaire. Les navires et les voiliers — en route vers Sault-Ste-Marie et Thunder Bay — arrêtaient à Killarney jusqu’à la fin des années 1960. De plus, de nombreux Américains ont bâti des chalets d’été ici», ajoute-t-elle.

Le secteur autour de Killarney contient de nombreux sentiers pédestres et, dont la partie autour du phare sur le bord de la baie Georgienne.

Assimilation des francophones et des autochtones

Le français et l’ojibwé étaient déjà des langues utilisées de façon courante à Killarney jusqu’aux années 1930. Au cours de plusieurs générations, l’exogamie et d’autres facteurs ont contribué à la disparition de l’usage de ces deux langues.

«Il y avait une forte présence de francophones. Joseph Roque parlait lui-même trois langues, mais elles n’ont pas été transmises à ses enfants, car sa conjointe était anglophone. La famille de la Morandière ne maitrisait que le français lorsqu'elle est arrivée à Killarney, mais la deuxième génération a tranquillement perdu sa capacité de parler cette langue», souligne la mairesse Wirtz.

Transformation du village

L’arrivée d’une route provinciale en 1963 a changé à tout jamais la vie quotidienne des résidents de Killarney. Les jeunes du village pouvaient maintenant fréquenter une école secondaire près de chez eux sans avoir à s’inscrire dans un pensionnat de la région de North Bay ou de Toronto. Les traversiers ont par contre arrêté à desservir cette communauté située aux abords du lac Huron.

La Municipalité de Killarney a été incorporée en 1999 à la suite d’une série de fusions de plusieurs communautés dans la province. Killarney a une superficie de 1653 km2, soit deux fois plus que Toronto, et serait parmi l’une des seules collectivités du Nord de l’Ontario avec des terres situées dans trois différentes régions administratives : le district de Manitoulin, de Parry Sound et de Sudbury.

Le village est également un endroit où les astres et la nature se rencontrent. On retrouve aujourd’hui un observatoire à l’intérieur des limites du parc provincial Killarney.

Les limites de la municipalité de Killarney