Les enfants sudburois semblent connaitre une rentrée plus paisibles que ceux de Montréal.
Les enfants sudburois semblent connaitre une rentrée plus paisibles que ceux de Montréal.

La rentrée scolaire : réflexion de deux mères universitaires

Courrier des lecteurs
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Le Voyageur
Comparaison de la rentrée entre deux provinces.

Une rentrée scolaire atypique… à l’ère du coronavirus… Comme nous l’avions écrit le 8 juillet dernier , nous sommes mamans, professeures en éducation et meilleures amies depuis une quinzaine d’années, et ce, malgré les 680 km qui nous séparent. L’une vit à Sudbury; l’autre vit à Montréal. Mais toutes les deux vivent la même réalité. La première est mère de deux enfants : une fille de 7 ans qui est en 2e année et un garçon de 6 ans qui est en 1re année. La deuxième est mère de trois enfants : une fille de 7 ans qui est en 2e année et des jumelles de 5 ans qui sont au préscolaire.

Depuis plusieurs semaines, nous nous appelons, nous nous textons, nous nous calmons. Chaque jour. À quoi va ressembler la rentrée scolaire? Est-ce que nos enfants vont attraper le coronavirus? Doit-on continuer l’enseignement à la maison et favoriser l’enseignement à distance pour les protéger, et rester ainsi dans une bulle protectrice? Doit-on plutôt les jeter dans la fosse aux lions en les laissant aller à l’école, en personne? Est-ce imprudent de le faire? Et la distanciation sociale, comment sera-t-elle respectée? Après avoir pesé le pour et le contre, un choix déchirant a dû être fait. Comme chercheures, nous avons essayé de baser notre décision «éclairée» sur les faits. Ce qui a gagné : le besoin de nos enfants de socialiser, de revoir leurs amis, d’avoir une vie quasi normale à l’ère du coronavirus…

En ce début d’année scolaire, nous avons éprouvé le besoin de revenir sur nos deux expériences de mères vivant le stress de cette pandémie à travers nos enfants. Après avoir revu le tout dans tous les sens pendant des mois, nous avons décidé d’envoyer nos enfants à l’école pour la santé physique et mentale de tous. Pour la maman de Sudbury, un vrai choix fut possible : école en présence ou à la maison avec une possibilité de changer en novembre. Pour la maman de Montréal, il n’y a eu aucun choix possible : c’était en présentiel. Sinon, il fallait avoir un billet du médecin pour que les enfants soient scolarisés à distance… et ce, même si le Québec fait piètre figure pour la gestion de la COVID-19 .

Le protocole de la rentrée : deux provinces, deux réalités différentes…

Pour la maman de Sudbury 

Dès le début du mois d’aout, des messages courriel ont été envoyés par la direction pour commencer à parler du protocole de retour à l’école. Nous avons donc appris qu’il y aurait un purificateur d’air par classe, du plexiglas pour séparer les tables en quatre sections (ou il y aurait une bonne distance entre les pupitres) et qu’un masque serait donné aux élèves de la maternelle à la 3e année (et deux pour les élèves de la 4e année à la 6e année). En Ontario, le masque est recommandé pour les élèves de la maternelle à la 3e année et il est obligatoire pour les élèves de la 4e à la 6e année (et au secondaire), en salle de classe et dans les couloirs. Les enseignants doivent également porter le masque à l’intérieur de l’école. Pour la récréation, il y a des cohortes de 50 élèves et 4 zones différentes sont proposées. La distanciation sociale doit être respectée (autant que possible!) et le lavage des mains perpétuel fait partie de la nouvelle réalité. Pour ce qui est des parents qui viennent porter leurs enfants à l’école, ceux-ci doivent porter le masque, respecter la distanciation sociale et n’ont pas le droit de rentrer dans l’école.

Le CSPGNO a installé des plexiglas entre les bureaux des élèves.

Pour la maman de Montréal

La direction a aussi envoyé plusieurs courriels relatifs au protocole de retour à l’école. Le masque est porté à l’école par les élèves de 10 ans et plus, car il est obligatoire. Il est recommandé pour les 10 ans et moins, mais personne ne le porte en salle de classe dans les faits. Les enseignants portent le masque et certains, la visière.

La mentalité est différente entre le Québec et l’Ontario. Les Ontariens sont plus portés à suivre les règles tandis que les Québécois sont considérés comme étant plus rebelles… mais pourquoi? En temps de pandémie, nous devons être de «bons petits soldats» pour nous protéger, protéger notre famille et protéger les autres autour de nous. Ça s’appelle la conscience citoyenne…

À Sudbury : grande victoire pour le port du masque chez les plus petits 

La maman de Sudbury a pu assister à une grande victoire lors de la rentrée scolaire : dans la classe de sa fille, qui est 2e année, et de son garçon, qui est en 1re année, tous les enfants portaient le masque dès le premier jour. De façon générale, dans cette école, la grande majorité des enfants portent le masque à l’intérieur de l’école en 2e et en 3e année, et ce, même s’il est seulement recommandé. Il y a donc eu un effet d’entrainement positif! Comme le mentionne Danielle Beaudoin :

«Je suis experte en comportement, en changement comportemental et en santé mentale et je peux vous dire qu’il n'y a aucun risque de porter le masque. Et tous les enfants au monde peuvent apprendre à faire ça, comme ils apprennent à porter un casque pour faire du vélo ou des pantalons de neige pour sortir dehors. C'est un comportement comme les autres, qui s'enseigne, qui peut être renforcé.»

Danielle Beaudoin continue en disant :

«Le minimum pour que les gens soient en sécurité, et je parle des profs, des élèves et des familles, c'est le port du masque par tous dans la classe. C'est le minimum. Pourquoi? S’il y a quelqu'un qui entre dans la classe avec la COVID, si l'enfant porte le masque, c'est très peu probable que le virus sorte dans la classe et circule.»

Les parents et les enseignants ont un grand impact sur la façon dont les enfants vont vivre la rentrée scolaire et le fait de s’habituer — ou non — au port du masque en salle de classe. Et, par la suite, il est possible que les enfants soient moins malades cet hiver grâce au port du masque et au lavage fréquent des mains. Qui sait? Surtout que leur système immunitaire n’a pas été exposé à beaucoup de virus extérieurs de la mi-mars jusqu’au début du mois de septembre. N’oublions pas que le masque est là pour protéger les autres, mais aussi pour se protéger soi-même.

Des félicitations au CSPGNO, plus particulièrement à l’École publique Hélène-Gravel, pour leur proactivité et leur professionnalisme lors de cette rentrée scolaire réussie! Il ne faut surtout pas baisser la garde!

 

Qu’arrive-t-il à Montréal pendant ce temps?

Ça ne va pas très bien. Dans le quartier de la maman de Montréal, certaines personnes, pendant la première semaine de la rentrée scolaire, ont agi comme si le coronavirus avait disparu. Les premiers jours, certains parents ont refusé de se laver les mains ou de porter le masque… Quelques-uns sont entrés dans l’école sans masque. Lors de la première journée d’école, la direction a mentionné qu’un seul parent doit accompagner les enfants : plusieurs parents ont fait fi de ces recommandations. Mais au nom de quoi? Les policiers ont même dû intervenir à certains moments au début pour faire respecter les règles de santé publique; des contraventions seront bientôt données pour les plus récalcitrants. Agir de la sorte va faire en sorte que la deuxième vague va arriver encore plus rapidement…

Pour conclure

Quoi qu’il en soit, que ce soit à Sudbury ou à Montréal, nos enfants sont contents d’être à l’école. Ils sont heureux d’être avec leurs amis et ils sont rayonnants lorsqu’on va les chercher. Ils veulent nous raconter tout ce qui s’est passé. Même si l’école n’est plus comme avant, ils ont appris les nouvelles règles et y adhèrent parce que c’est le prix à payer pour avoir un semblant de vie «normale». Nous avons appris à nos enfants les trois principales règles : 1) l’importance du lavage des mains pendant 20 secondes; 2) la distanciation sociale de deux mètres et; 3) le port du masque sur le nez et la bouche. Pour se protéger. Pour survivre. Pour combattre «le coronavirus [qui] est plus petit qu’une puce!».

Après 175 jours, 24 heures sur 24 avec nos enfants, nous retrouvons une nouvelle routine de conciliation travail-famille. Nous espérons seulement qu’elle ne sera pas de trop courte durée et que la deuxième vague ne nous «reconfinera» pas à nouveau. Pour l’instant, nous y allons un jour à la fois, et nous essayons de faire ce qu’il y a de mieux pour nos enfants et pour nous-mêmes. Encore une fois, nous gardons le cap et nous gardons le château fort de la famille tout en essayant de favoriser un climat positif et sain. 


Isabelle Carignan, 
professeure agrégée à l’Université TÉLUQ et professeure associée à l’Université Laurentienne

Marie-Christine Beaudry, 
professeure agrégée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)