Serge Miville devant l'Université de Sudbury lors du déménagement de l'IFO.
Serge Miville devant l'Université de Sudbury lors du déménagement de l'IFO.

La Laurentienne maintenant, la Laurentian de demain

Serge Miville, Ph. D. - Directeur, Institut franco-ontarien

Dans sa lettre du 18 mai dernier, le Recteur de la Laurentian University, Robert Haché, affirme que son institution doit survivre au «génie et [au] talent des intellectuels, des artisans du changement et des leadeurs de la pensée» autour desquels elle s’est construite. L’Institut franco-ontarien de Sudbury (IFO) est tout à fait d’accord. C’est pourquoi l’IFO, qui est constitué en société autonome, a décidé de rompre ses liens avec la Laurentian University et de s’installer dans de nouveaux locaux à l’Université de Sudbury.

La Laurentian a fait son choix. Elle a éliminé la fédération unilatéralement, exorcisé son âme française et décidé de s’engager résolument dans la voie de la logique comptable. Nous sommes déçus, mais reconnaissons la légitimité de cette décision pour l’avenir de ce qui deviendra, de facto, une université anglaise. Que la Laurentienne d’hier mène inexorablement vers la Laurentian de demain n’est pas une tragédie, mais bien la conséquence logique des décisions prises par son bureau des gouverneurs et les différentes administrations des vingt dernières années. En empruntant la voie de la LACC et en éliminant les programmes qui donnaient un sens au fait français de l’institution, la Laurentian a tout simplement posé le premier geste d’un virage important et nécessaire pour son avenir : celui de l’abandon de son mandat bilingue et triculturel. La Laurentienne est morte… vive la Laurentian

De fait, il est nécessaire que le mandat de la Laurentian évolue afin qu’il soit cohérent avec son objectif louable de devenir une importante institution régionale de langue anglaise. C’est l’orientation qu’elle a clairement privilégiée dans le cadre de la LACC. En choisissant de devenir une université de langue anglaise, la Laurentian ouvre grand la porte à la communauté franco-ontarienne qui souhaite depuis des décennies s’autonomiser. C’est sans hésitations que cette communauté appuiera la transition de l’université afin qu’elle puisse se défaire de ses obligations en vertu de sa désignation très partielle sous la loi 8 sur les services en français. Ainsi libéré, le nouveau mandat régional de la Laurentian permettra enfin à l’institution de réaliser ses ambitions.

L’Université de Sudbury : un projet rassembleur pour le fait français

Ce qu’il y a de constant dans la longue tradition d’éducation postsecondaire de langue française dans la région, c’est la présence et l’engagement de l’Université de Sudbury, dont l’histoire remonte à 1913 avec la fondation du Collège du Sacré-Coeur. En ce sens, les soixante dernières années à la Laurentian n’auront été qu’une parenthèse.

Depuis plus d’un mois, les «intellectuels, des artisans du changement et des leadeurs de la pensée», pour reprendre les mots de M. Haché, ont clairement exprimé leur vision du changement qu’ils souhaitent voir dans leur milieu. De plus, c’est toute la société civile franco-ontarienne qui s’est ralliée au projet d’autonomisation d’une Université de Sudbury pleinement française. Celle-ci est en voie de redevenir une université incarnée, ancrée, engagée, ouverte et accueillante. Elle retrouve sa vocation initiale, celle d’une institution qui permet l’émancipation de sa communauté et qui inscrit le fait français dans l’universel. 

Cette université, qui dessert le Nord depuis maintenant 108 ans, est en train d’apporter les changements qui lui permettront de servir la communauté franco-ontarienne durant les siècles à venir. C’est pourquoi l’IFO a décidé de mettre fin à 45 ans de collaboration souvent acrimonieuse avec la Laurentian afin d’intégrer ce nouveau milieu et ce projet dynamique. Ce  geste est rempli d’espoir. Nous regardons résolument vers un avenir qui se bâtira par, pour, avec et à partir de l’Ontario français.