La Laurentienne à la croisée des chemins

Robert Haché, recteur et vice-chancelier de l’Université Laurentienne

Depuis les évènements du printemps dernier, le débat fait rage quant à l’avenir de l’Université Laurentienne, soulevant les passions parmi les divers intervenants du milieu. L’enjeu principal, cependant, est de canaliser cette énergie afin de trouver des pistes de solution, car notre université a toujours été au cœur du vivre-ensemble de la communauté franco-ontarienne dans le Nord.

Depuis plus de 60 ans, la Laurentienne est au carrefour de la culture, de l’industrie, de l’art, de la science et de la politique, fière des importantes contributions des communautés francophones et autochtones au cœur de son établissement. Malgré des débuts modestes, elle est devenue la référence en matière d’éducation postsecondaire dans le Nord.

Face aux défis auxquels la Laurentienne a été confrontée, il n’y a aucun doute que nous avons tous eu à faire notre deuil d’un établissement qui a certainement marqué son époque, mais qui n’avait pas tous les outils nécessaires pour assurer sa pérennité.

Nous sommes présentement à la croisée des chemins et un constat s’impose : la Laurentienne ne peut pas perdre ses programmes de langue française. 

En ce moment, un membre sur cinq de la population étudiante à la Laurentienne est inscrit à l’un de nos programmes francophones. Un transfert des programmes provoquera l’exode de 20 % de notre population étudiante et la réalité d’un tel chamboulement est que les étudiants n’auront plus la possibilité de poursuivre une éducation bilingue. Cela amènera la jeunesse à quitter le Nord en grand nombre.

Il faut protéger la capacité des étudiants de choisir leur avenir et de faire de la Laurentienne une université «pour et par les étudiants». Nous nous sommes engagés à bâtir une expérience étudiante exceptionnelle et à former des leadeurs qui favoriseront l’essor du Nord de l’Ontario.

Ce n’est donc pas une question d’imposer la vision de notre administration ou de faire porter le sort de la Laurentienne à la communauté franco-ontarienne, mais bien de servir nos étudiants qui ont majoritairement exprimé le désir de poursuivre leurs études dans un milieu bilingue et triculturel.

Aujourd’hui, l’avenir de la Laurentienne est en jeu. Et nous faisons le pari que son unicité à titre d’université bilingue dans un milieu triculturel est ce qui fait sa force et son principal pôle d’attraction.

Nous savons que nous avons beaucoup à faire pour regagner la confiance, raviver la fierté et rebâtir un sentiment d’appartenance.

Cependant, en tant que communauté soucieuse de donner à nos jeunes une éducation enrichissante dans un cadre qui les préparera à réussir — dans la vie et la carrière de leur choix — nous devons miser sur ce qui nous rassemble, en apprenant du passé.

Et en se tournant résolument vers l’avenir.