Crise à l’Université Laurentienne : faire revivre un vieux rêve

Jean Watters, PhD – Ancien recteur de l’Université Laurentienne (1998-2001) et président fondateur du Collège Boréal

 Avec la crise que vit actuellement l’Université Laurentienne, ce n’est plus l’heure de déterrer les épouvantails, mais plutôt celle de se tourner vers l’avenir. C’est particulièrement vrai pour cette francophonie touchée par des coupes que je ne peux désigner que de cavalières, d’irréfléchies et d’insensibles.

La façon non stratégique dont les programmes ont été éradiqués, la manière quasi machiavélique avec laquelle le personnel a été congédié et le processus de déconstruction en cours ne font qu’encourager cette francophonie nord-ontarienne meurtrie à faire revivre un vieux rêve : celui de la création de sa propre université. 

Malgré l’amertume et le découragement engendrés par cette calamité, cette francophonie assommée et abasourdie a décidé de se reprendre en main et de rebâtir sur les ruines encore fumantes de cette université qui n’a jamais été la sienne.

Pleine de courage et de détermination, l’Université de Sudbury (UdeS), rejetée par cet établissement à qui elle a donné naissance il y a de cela six décennies, a décidé de remettre ses deux chartes entre les mains de cette nouvelle destinée, rêvée depuis fort longtemps : l’Université du Nouvel-Ontario

Le président du conseil d’administration de l’Université de Sudbury, monsieur Pierre Riopel, un éducateur chevronné, bien respecté et bien respectable, a mis sur pied un excellent groupe de travail diversifié, composé de plusieurs francophones engagés.

Ils apportent avec eux non seulement une variété d’expertises, mais aussi le désir et l’engagement de créer une nouvelle université. Nous avons obtenu notre collège [Collège Boréal, NDLR], nous voulons maintenant notre propre université!

Cette crise, non voulue, ouvre les portes à de nouvelles solutions qui s’éloignent des compromis, des moratoires, des promesses, des demi-solutions et des idéologies perdues d’hier. 

Une université à la mesure de l’évolution

Ce nouvel établissement se doit non seulement d’être planifié en fonction de la réalité d’aujourd’hui, mais aussi en fonction des attentes et des exigences de demain. 

Il ne faut surtout pas croire que le post-COVID nous ramènera aux us, coutumes et comportements d’hier. Ce monde est déjà derrière nous et tenter de le recréer ne serait qu’un vœu pieux voué dès le départ à l’échec. 

Il faut se rappeler que les cours traditionnels sont déjà en dévolution. La très respectable Université Laval, à Québec, est déjà l’établissement qui offre le plus de cours hybrides au Canada, et de loin.

Le monde de demain se devra de composer avec les concepts de réalité virtuelle, de réalité augmentée et d’intelligence artificielle qui sont déjà à nos portes, pour n’en nommer que quelques-uns. 

La planification d’aujourd’hui pour l’université de demain se doit de composer avec un monde en pleine évolution, où la collaboration sera la règle plutôt que l’exception. Vous croyez comprendre la réalité, mais ce que vous ne savez pas, c’est que cette réalité vient tout juste de changer! 

Il ne faut tout de même pas oublier qu’à mesure que la technologie continue d’occuper une place de plus en plus dominante dans notre vie, l’aspect humain qui nous définit doit suivre une courbe parallèle. 

Planifier veut dire garder la porte grande ouverte pour demain en minimisant les obstacles, les possibilités d’excuses et la référence au plus bas des dénominateurs communs. 

La collaboration avec des établissements comme le Collège Boréal et l’Université de Hearst ainsi que le réseautage avec les TFO et Contact Nord de ce monde doivent faire partie de cette réflexion. 

Il faut créer une excellente université. Comme nous, elle se devra d’être flexible, curieuse, avant-gardiste et viable. Elle se devra d’être à la fois adoptée et aimée par nous et respectée de tous. 

Selon les opinions de mes bons amis et anciens collègues Marc Arnal et Gisèle Chrétien — opinions que je partage —, c’est le temps que nos institutions soient libérées du joug de la prise de décisions par la majorité pour nous. 

Comme tous les peuples qui se respectent, nous aspirons après tout à un cheminement, à une qualité de vie et à nos propres établissements gérés pour, par et avec nous, les francophones.

Bonnes délibérations et vive la future Université du Nouvel-Ontario, pour demain et pour toujours!

«Avec la crise que vit actuellement l’Université Laurentienne, ce n’est plus l’heure de déterrer les épouvantails, mais plutôt celle de se tourner vers l’avenir», écrit Jean Watters, ancien recteur de l’Université Laurentienne (1998-2001) et président fondateur du Collège Boréal.