La vitesse de l’accès internet testée avec le même ordinateur à Dubreuiville (gauche) et Sudbury (droite).
La vitesse de l’accès internet testée avec le même ordinateur à Dubreuiville (gauche) et Sudbury (droite).

Une lueur au bout de la fibre optique

Priscilla Pilon
Priscilla Pilon
Initiative de journalisme local - APF
Dubreuilville, la communauté avec la pire des connectivités de sa région, vient de recevoir la promesse d’un accès internet haute vitesse en 2021.

Depuis plusieurs années, le problème d’accès à internet dans les régions rurales du Canada est soulevé auprès du gouvernement. Plusieurs se retrouvent avec une connectivité limitée ou n’ont simplement pas accès à internet.

«Nous avons fait une demande auprès du projet fédéral Brancher pour innover et nous aurons notre ligne de fibre optique qui partira de l’autoroute 17, tout le long de la route 519 jusqu’à Dubreuilville, en 2021», se réjouit l’agente de développement économique de Dubreuilville, Melanie Pilon. Le projet, financé par les gouvernements provincial et fédéral, par Bell Canada ainsi que par la municipalité de Dubreuilville, dotera le village d’un véritable internet haute vitesse. 

Pleine capacité à Dubreuilville

À Dubreuilville, internet provient de White River par l’entremise d’une technologie de connexion par micro-ondes créée il y a 30 ans. La qualité de cette connexion se fait de plus en plus pauvre, les tempêtes et la croissance des arbres nuisent aussi à sa performance. Le village au complet a une capacité de 100 Mo, tandis qu’un appartement à Sudbury à la possibilité de recevoir l’équivalent pour lui seul.  

Aucun fournisseur ne voulait s’aventurer dans l’amélioration d’un service qui ne dessert qu’une très petite fraction de la population canadienne. Les projets de ce type sont très dispendieux et les retombées ne sont pas profitables. Bell et Xplornet, les deux fournisseurs qui desservent Dubreuilville, ne peuvent plus offrir l’accès internet aux nouveaux arrivants dans le village, car ils sont tous deux à pleine capacité. Ils ne peuvent surtout pas livrer à leurs clients la vitesse mentionnée dans leurs publicités.


« Il faut comprendre que de nos jours, l’internet fait partie de notre infrastructure. Ce n’est pas juste pour le divertissement, c’est pour l’éducation : les élèves du secondaire ont besoin de suivre un minimum de deux classes sur internet. »
La mairesse de Dubreuilville, Beverly Nantel.

«C’est aussi une question d’attirer et de retenir de nouvelles entreprises. Comment peut-on encourager les gens à déménager à Dubreuilville sans internet ?», enchaine-t-elle. La problématique se fait aussi ressentir au niveau de la productivité des employés : d’innombrables minutes sont perdues en raison de la faible connexion.  

Travail d’équipe régional

Le Northeast Superior Regional Broadband Network (NSRB) regroupe cinq municipalités : Dubreuilville, Wawa, Chapleau, Hornepayne et White River; et cinq premières nations : Brunswick House, Chapleau Cree, Michipicoten, Missanabie Cree et Pic Mobert. Elles se sont réunies pour demander un service internet adéquat dans leurs régions. Le groupe a aussi embauché un consultant, Amedeo Bernardi, qui a visité ces communautés. 

Il a vite constaté que certaines de ces localités étaient déjà branchées à la technologie plus récente de la fibre optique, dont Chapleau et Brunswick House. «C’est comme une autoroute sans bretelles de sortie, illustre la mairesse de Dubreuilville. Avec le projet Lighting it up, nous pourrons brancher ces communautés qui avaient déjà accès sans le savoir.» 

Malgré cette découverte, ces deux communautés doivent quand même soumettre une demande de financement à travers le NSRB, car le projet demeure dispendieux.  

Du groupe NSRB, seuls Dubreuilville et Brunswick House ont obtenu leur confirmation de financement. Les autres communautés du groupe et les autres d’ailleurs au Canada ont jusqu’au 27 mars 2020 pour faire une demande de subvention, grâce à la somme additionnelle du CRTC. 

Unir les ressources

«Ce que les communautés ont besoin de comprendre, c’est qu’il s’agit d’un processus très compétitif et les petites communautés et Premières Nations n’ont pas toujours les ressources dont elles ont besoin. C’est souvent les communautés qui en ont le plus besoin qui n’ont pas les ressources humaines ou le financement. À Dubreuilville, l’élément clé de son succès était son leadeurship», soulève Melanie Pilon.

«Le message [du gouvernement] est d’unir nos forces. Il veut voir des régions travailler ensemble et des partenariats incluant les Premières Nations. À Dubreuilville, nous avons seulement 312 maisons, mais dans notre groupe de dix communautés, nous avons 3000 maisons et 8000 personnes, ce qui rend le cas plus solide», termine Mme Pilon. 

Ailleurs en Ontario, d’autres communautés comme Hearst ont déjà reçu un appui financier au cours des dernières années. Ils sont maintenant en mesure de gérer leur propre internet haute vitesse. 

Dans sa mission de réduire l’écart de la qualité d’internet entre les grands centres et les régions éloignées, le gouvernement fédéral a premièrement annoncé une subvention de 500 millions $ en 2016. Cependant, le total des demandes de subvention soumises a vite atteint les 3 milliards $.

Le message était clair : les communautés ont grandement besoin d’améliorations sur le plan de leur connectivité. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a ensuite annoncé une somme additionnelle de 750 millions $.