Match de football de l’Association du sport scolaire du district de Nipissing (NDA)
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Fusion possible LCF et XFL : Plus de possibilités pour les jeunes joueurs canadiens?

Éric Boutilier
Éric Boutilier
Le Voyageur
Avis de deux entraineurs du Nord

La Ligue canadienne de football (LCF) et la la ligue football américain XFL amorcent des discussions exploratoires entourant la possibilité de collaborer et d’innover en matière de développement de ce sport. Les deux ligues largement différentes pourraient éventuellement en devenir une seule.

Pour la première fois dans son histoire, la LCF a dû annuler une saison complète en raison d’un ensemble unique de circonstances lié à la pandémie. La ligue n’a pas été en mesure de disputer de matchs ni de générer des revenus en 2020. Elle a également été jugée inadmissible pour de l’aide financière du gouvernement fédéral et pourrait devoir reporter aussi sa campagne de 2021.

En bref, les neuf équipes canadiennes ont beaucoup de difficultés à rejoindre les deux bouts.

Voici où entre en jeu la XFL. Ce circuit de football professionnel américain est appuyé par un consortium dirigé par l’acteur d’origine albertaine Dwayne «The Rock» Johnson, l’entrepreneure et ancien athlète de musculation Dany Garcia et la société d’investissements privés RedBird Capital.

La XFL n’a cependant jamais été capable de durer au-delà d’une saison. Fondée par le propriétaire de la World Wrestling Entertainment (WWE), Vince McMahon, la ligue a été inaugurée en 2001 et dissoute peu de temps après avoir disputé sa seule et unique saison.

Elle a été ressuscitée en 2020, mais a dû suspendre ses opérations après seulement quelques matchs. Quelques jours plus tard, elle s’est placée sous la protection de la loi sur les faillites.

La LCF, contrairement aux autres circuits professionnels, exige un minimum de joueurs canadiens dans les alignements de toutes ses équipes. Le Voyageur a abordé la question de l’avenir du jeu canadien avec deux entraineurs de la région :. Kim Junior Labrosse des Spartans de Sudbury et Ryan Desbiens des Barons de l’École secondaire catholique Algonquin de North Bay. (NDLR : Les propos ont été légèrement édités pour la longueur du texte.)

La fusion de ces deux ligues est-elle une bonne chose ou une mauvaise idée?

Kim Junior Labrosse : Je ne connais pas tous les détails, mais ça va dépendre de ce que la fusion va impliquer. Si les règlements de jeu de la Ligue canadienne — la taille du terrain, le nombre de joueurs sur le champ et le nombre d’essais — changent pour les règlements américains, je ne pense pas que c’est une bonne idée. On va perdre notre culture canadienne en adhérant à un sport qui est différent de celui aux États-Unis. La LCF avait déjà essayé d’élargir sa base aux États-Unis et ça n’a pas bien fonctionné. Les Américains ne comprennent pas ou n’en connaissent pas assez de notre [version du] sport. La LCF, quant à moi, c’est une culture et une tradition qui ne devrait pas changer.

Ryan Desbiens : Je pense que la fusion de ces deux ligues a le potentiel d’être un positif. La LCF est en trouble financier, en grande partie causé par la COVID, l’annulation de leur saison de 2020 et le refus du gouvernement de leur donner un support financier à cet effet. Bien que l’expansion de la LCF aux États-Unis au début des années 1990 a été un désastre, la XFL — maintenant sous la direction de Dwayne «The Rock» Johnson — semble avoir accès à des moyens financiers et logistiques nécessaires pour créer un produit viable. Si jamais les deux ligues effectuent une fusion plutôt qu’un partenariat, il sera impératif que la LCF maintienne son identité qui date de plus de 100 ans. Entre autres, l’emploi de trois essais plutôt que quatre. La LCF a d’autres règlements qui la distinguent de la NFL, mais c’est celui des essais qui demeure le plus significatif. Si la LCF adopte les quatre essais, ça va effacer toutes distinctions entre le football canadien et américain.

Croyez-vous qu’il pourrait y avoir un impact sur le futur développement de joueurs canadiens, particulièrement dans le Nord de l’Ontario?

M. Labrosse : Ça va avoir un impact négatif. On va tenir pour acquis que la XFL fait plus d’argent. Ils sont américains et ils sont habitués à leur version du sport. Ils ne sont pas habitués à pratiquer le sport canadien. S’ils décident de travailler ensemble et, tout à coup, décident d’enlever le règlement qu’un minimum de Canadiens doivent faire partie d’une équipe, on va certainement voir un afflux de joueurs américains. Ça va affecter l’avenir de nos joueurs collégiaux au Canada et la possibilité d’une carrière professionnelle.

M. Desbiens : En toute honnêteté, je crois qu’il y aura un impact minime sur le développement de joueurs canadiens et encore moins ici dans le Nord de l’Ontario. Ça pourrait possiblement faire grandir l’intérêt dans le sport de façon générale si une ligue fusionnée devient viable. Mais, avec seulement trois communautés offrant le football dans le Nord de l’Ontario [North Bay, Sudbury et Sault-Ste-Marie], quelle est la probabilité qu’il y ait une hausse d’intérêt potentiel dans le sport qui correspond à une augmentation de participants? Malheureusement, à l’extérieur de ces trois villes, l’infrastructure n’est pas en place pour offrir le football traditionnel.