Natalie Levert et l’autobus qu'elle conduit.
Natalie Levert et l’autobus qu'elle conduit.

Quand il est nécessaire d’occuper trois emplois

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Le cas d'une mère monoparentale.

Élever une famille peut déjà être difficile quand les deux parents travaillent. Dans le cas des parents monoparentaux, ça peut devenir une tâche monumentale, surtout lorsque vous devez avoir trois emplois pour subvenir aux besoins de votre famille. C’est le cas de Natalie Levert, une résidente de Vallée Est, dans le Grand Sudbury.

Mme Levert élève seule ses deux enfants de 11 et 14 ans. «Je trouve que plus ils grandissent, plus ça me coute cher. Mon garçon grandit assez vite que je ne peux pas suivre.» Un de ses trucs : ne pas mettre les vêtements dans la sécheuse les empêche de rétrécir.

Les dernières données de Statistiques Canada sur les parents monoparentaux remontent à 2014. On recensait alors 698 000 familles monoparentales comparativement à 289 000 en 1976. Les parents seuls comptent pour 20 % des familles avec des enfants de moins de 16 ans. Les mères seules représentaient 81 % de ces familles, une diminution par rapport au 86 % de 1976.

Horaire bien imbriqué

Natalie Levert a en ce moment trois emplois à temps partiel et travail parfois sept jours par semaine : conductrice d’autobus scolaire, employée de la Banque Royale et serveuse au restaurant Mange de Val Caron.

En ce moment, les trois emplois de Mme Levert s’imbriquent bien dans un horaire. Le matin, elle se lève tôt pour son trajet d’autobus. Ensuite, elle va à la banque — quand ils ont besoin d’elle pour un remplacement. Elle revient à son autobus pour la fin des classes. Le restaurant remplit ses fins de semaine.

Elle espère en fait obtenir un emploi plus permanent à la banque, mais pour l’instant, comme ils ont moins besoin d’elle, elle doit s’organiser autrement.

Travailleurs en demande

Mme Levert vante un peu les conditions de travail des chauffeurs d’autobus, même dans le climat de conflit actuel entre les enseignants et le gouvernement. «On se fait payer quand même», lors des jours de grèves. «On est prêt pour travailler, ce n’est pas comme si on veut prendre une journée de congé. Même chose quand il fait tempête et qu’ils cancellent les autobus, parce qu’on se lève pour préparer notre autobus quand même.»

Le salaire est bon dit-elle, mais c’est tout de même seulement de 2 à 3 heures de travail par jour, ce qui ne donne pas à un salaire qui permet de vivre.

Peut-être en raison de ce drôle d’horaire — quelques heures le matin et quelques heures en milieu d’après-midi —, les compagnies d’autobus scolaires sont à la recherche de chauffeurs. Dans ce climat de pénurie, les femmes obtiennent l’emploi aussi facilement qu’un homme. «La compagnie nous respecte. Ils ne nous choisissent pas [pour une tâche] parce qu’on est une femme ou un homme.»

Mme Levert reconnait que certains aspects de l’emploi lui causent plus de difficultés. «Il faut que l’on sache s’il y a quelque chose de mal avec la mécanique», un domaine qu’elle ne connaissait pas du tout auparavant. Là-dessus aussi, hommes et femmes sont égaux face aux besoins de l’emploi. «Il faut que j’explique en détail quel morceau est brisé et de quel côté.» Elle a fait ses devoirs : prise des photos et des vidéos pendant la formation qu’elle a réécoutées par la suite.

La conciliation travail-famille est également possible dans le cadre de cet emploi. Quand son fils et sa fille étaient trop jeunes pour se préparer seuls le matin afin d’aller à l’école, elle amenait son fils avec elle pour son trajet d’autobus qui, heureusement, l’amenait à leur école.

Sécurité des transports

Natalie Levert se dit encore trop souvent témoin d’automobilistes qui ne respectent pas la signalisation des autobus scolaires, qui ne s’arrêtent pas et qui mettent la sécurité des enfants en péril. Elle a pu, à quelques reprises, attraper le numéro d’immatriculation — ou le communiquer par radio à la centrale —, mais ce n’est pas toujours possible. «Il faut prendre la marque de la voiture, fournir un petit dessin de ce qu’ils ont fait. On donne ça à la police, mais je ne sais pas ce qu’ils en font. J’espère qu’ils font quelque chose.»

Quelques options sont étudiées, dit-elle. Comme une perche plus longue pour le symbole d’arrêt sur le côté et des caméras vidéos. «[Ces conducteurs] ne prennent pas ça au sérieux comme ils devraient. Ce sont vos enfants dont on prend soin.»

Il y a quelques semaines, le gouvernement fédéral a annoncé que le Grand Sudbury serait l’une des régions où aurait lieu un projet pilote de ceinture de sécurité à trois points d’ancrage dans les autobus scolaires. Mme Levert a de la difficulté à imaginer comment cette étape supplémentaire pourra être appliquée, même avec les formations de début d’année scolaire.

«On peut mettre 75 petits enfants dans un autobus. Imaginez essayer d’attacher et de détacher tout le monde, des petits enfants de 3 ans qui auront seulement 4 ans en décembre.»

Elle reconnait que ce serait plus sécuritaire dans certaines circonstances, mais moins pour d’autres. Demander aux conducteurs d’attacher et de détacher tous ces petits compliquerait beaucoup leur tâche et demanderait des arrêts plus longs, incluant le débarquement à l’école.

Sortir en urgence de l’autobus — en raison d’un incendie par exemple — serait également plus long, augmentant les risques.