Michelle Boileau
Michelle Boileau

Un message misogyne rappelle que le combat continu

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
«... une des raisons pourquoi les femmes n’ont pas leur place en politique...» — auteur anonyme

Une conseillère municipale francophone de Timmins a reçu un message qui lui a rappelé qu’il y avait encore du travail à faire pour que les femmes soient acceptées en politique au même titre que les hommes. Michelle Boileau a publié le message en question sur Facebook pour rappeler que ce genre de pensée existe encore et lancer une discussion.

La première lecture du message a provoqué un mélange d’émotion chez la conseillère : «C’était un peu un choc, un peu de surprise. Ça m’a fait de la peine, mais après quelques minutes de réflexion, je savais qu’il fallait faire quelque chose avec ce message.»

Le choc initial a été court, dit-elle, car elle sait très bien que des gens ont encore aujourd’hui ce genre de réflexion. «C’était surtout le fait que c’était aussi direct.» Le message n’était pas anonyme, mais la conseillère a caché le nom de l’expéditeur.

Ce n’est pas le premier message du genre que voit la fondatrice de PoliticsNOW, Amanda Kinglsey Malo, qui veut encourager plus de femmes à faire le saut en politique. Ce genre de réflexion touche des politiciennes de tous les niveaux et peuvent aussi bien venir des électeurs que des collègues.

Le 7 septembre, Michel Boileau publié un texte sur Facebook qui revient sur son expérience en tant que femme en politique et comment les attentes sont différentes.


Le message reçu par Michelle Boileau se traduit comme suit : 

«Merci Michelle. Je suis certain que tu as le temps de lire un courriel, mais j’ai juste pensé que tu devrais savoir que ceci est une des raisons pourquoi les femmes n’ont pas leur place en politique, ou sur le marché du travail tant qu’à y être. C’est bon pour toi, ait plus d’enfants et ne revient jamais (tes enfants sont plus importants).»


Les rares congés parentaux

Michelle Boileau est présentement en congé parental de son rôle de conseillère municipale. Le message blessant a été envoyé par un électeur en réponse à un courriel automatique qui informe l’expéditeur qu’elle ne peut pas répondre tout de suite à sa question pour cette raison. 

Timmins a justement adopté une politique de congé parental en mars 2019. «C’est une des premières choses qu’on a passées comme nouveau conseil élu», souligne Mme Boileau. 

Les villes avec de telles politiques pour les conseillers.ères sont rares, soulignait Amanda Kinglsey Malo en mars 2019. «Il n’y a pas de loi en place pour donner ce genre de congé pour les conseillers». North Bay venait de donner un congé de maternité à une de ses conseillères. C’est le genre d’accommodement qui manque pour permettre plus de femmes d’aller en politique.

Amanda Kinglsey Malo, fondatrice de PoliticsNOW

Alimenter le débat

Michelle Boileau a aussi vu ce genre de commentaires lorsqu’elle était candidate du Parti libéral pour Timmins-Bais James en 2019. Mais celui-ci était le premier qui s’adressait directement à elle.

Même si elle aurait aimé lui répondre directement, elle ne croyait pas qu’elle pourrait changer sa façon de penser par une confrontation directe. Elle voulait que l’impact soit plus grand, donc elle l’a partagé. «Juste comme un rappel que ça se passe toujours, même en 2020.»

Amanda Kinglsey Malo salue l’initiative de Mme Boileau. Elle croit que c’est l’un des meilleurs moyens de lutter contre ce genre de commentaires. «La publication de tels commentaires permet à la communauté de se rallier autour de la victime et donne aux agresseurs la possibilité de reconnaitre que leur misogynie ne sera pas tolérée.» 

La conseillère municipale a quand même vu quelques messages qui lui disaient qu’elle aurait dû l’ignorer et l’effacer. «À mon avis, c’est pour ça qu’on reçoit encore ce genre de commentaire, c’est parce que les femmes, on s’est toujours fait dire qu’on ne devrait pas faire une scène. Je ne suis pas d’accord, il faut en parler et c’est la seule façon qu’on va pouvoir l’arrêter.»

Il faut donc continuer à encourager femmes et tout autre représentant des minorités à faire le saut en politique pour que plus de gens l’acceptent. Sans compter que toute la population est mieux représentée si un conseil compte des femmes, des personnes de la communauté LGTBQ+ et des personnes de couleur, explique Amanda Kinglsey Malo. «À mesure que nous voyons plus de diversité au sein de nos conseils, nous normalisons et apprécions la perspective différente que chacun apporte, ce qui réduit également les commentaires inappropriés.»

Les deux femmes font également remarquer que l’on oublie que ces situations existent au niveau local. «Je pense que ces types d’agressions se retrouvent souvent sur la scène nationale et qu’on oublie que les femmes des conseils municipaux doivent aussi faire face à leur part de sexisme», rappelle la fondatrice de PoloticsNOW. 

«Je pense que c’est pour ça que les gens ont tellement réagi, renchérit Michelle Boileau, parce que c’est une de leur voisine, c’est plus proche.» La publication a été partagée 98 fois sur Facebook et a entrainé 43 commentaires qui appuient Mme Boileau.