Le déficit de 381 milliards $ annoncé le 30 novembre par la ministre des Finances, Chrystia Freeland, est inquiétant, mais nécessaire selon les partis d’opposition.
Le déficit de 381 milliards $ annoncé le 30 novembre par la ministre des Finances, Chrystia Freeland, est inquiétant, mais nécessaire selon les partis d’opposition.

Trop d’angles morts dans l’énoncé économique selon l’opposition

Bruno Cournoyer Paquin
Francopresse
Préoccupations sur le plan de relance de 100 milliards $ sur trois ans.

Le déficit de 381 milliards $ annoncé le 30 novembre par la ministre des Finances, Chrystia Freeland, est inquiétant, mais nécessaire selon les partis d’opposition. Leurs préoccupations portent davantage sur le plan de relance de 100 milliards $ sur trois ans qui, selon eux, comprend trop d’angles morts.

Pour le porte-parole conservateur sur le Conseil du trésor, Luc Berthold, certaines dépenses s’avéraient nécessaires pour aider les Canadiens et les petites entreprises à faire face à la crise.

«On parle d’une dette totale qui va dépasser le billion de dollars [1000 milliards $], c’est du jamais vu dans l’histoire du pays, on va en avoir pour des années et des années à rembourser cette dette», précise-t-il.

Le déficit, dit le porte-parole du Bloc québécois pour les finances, Gabriel Ste-Marie, est «hyperpréoccupant». Mais si le gouvernement n’a jamais autant dépensé, c’était tout à fait justifié considérant l’ampleur de la crise.

L’amplitude des dépenses exige cependant une grande confiance du public envers le gouvernement et celui-ci doit faire preuve de transparence – une transparence remise en question par des scandales comme l’affaire UNIS, selon le bloquiste.

Le déficit, dit le porte-parole du Bloc québécois pour les finances, Gabriel Ste-Marie, est «hyperpréoccupant».

De son côté, Luc Berthold croit que «c’est inquiétant de voir que les libéraux n’ont carrément aucune cible budgétaire : ils parlent dans leur document aujourd’hui de garde-fou, de cible budgétaire, mais tout cela est très aléatoire et sans aucune indication».

Gabriel Ste-Marie croit plutôt que le gouvernement devait s’ajuster à l’ampleur de la crise : «C’est ce que les sciences économiques nous enseignent : amener cette confiance que le gouvernement va être là pour appuyer [financièrement les citoyens]; on vient réduire l’ampleur de la crise et on retourne à la normale plus rapidement.»

Un plan avec des angles morts

Pour Luc Berthold, un plan de relance implique nécessairement une stratégie pour mettre fin à la pandémie, ce qu’il ne trouve nulle part dans l’énoncé économique présenté lundi.

Selon le député de Mégantic-L’Érable, «un plan pour relancer l’économie, ça passe par un plan pour savoir quand les Canadiens vont avoir un vaccin».

Pour le porte-parole conservateur sur le Conseil du trésor, Luc Berthold, certaines dépenses s’avéraient nécessaires pour aider les Canadiens et les petites entreprises à faire face à la crise.

Le député bloquiste Gabriel Ste-Marie regrette pour sa part que les détails du plan de relance de 100 milliards $ soient remis au prochain budget, qui ne sera pas présenté avant le printemps.

De son côté, le porte-parole néodémocrate pour les finances, Peter Julian, souligne que la plus grande omission de cet énoncé économique est le côté «revenus» de l’équation économique.

Peter Julian rappelle que le Canada perd 25 milliards $ en revenus annuellement à cause l’évasion fiscale : «Il faut avoir un système d’impôt juste pour être capable de faire les investissements qui vont aider les gens», revendique le néodémocrate.

Le porte-parole néodémocrate pour les finances, Peter Julian, souligne que la plus grande omission de cet énoncé économique est le côté «revenus» de l’équation économique.

Il ajoute que cela signifie non seulement de lutter contre les paradis fiscaux, mais aussi de taxer les grandes fortunes et, dans cette situation de crise, les profits excessifs des grandes corporations.

Pendant la pandémie, la fortune des plus riches Canadiens se serait accrue de plus de 53 milliards de dollars selon un récent rapport de Canadiens pour une fiscalité équitable (CPFE).

«Il n’y a rien pour les assurances médicaments, on n’avance pas pour la garde des enfants, ajoute Peter Julian. On a besoin d’investissements pour aider les gens et les investissements qu’ils font, ce sont des promesses d’il y a quatre ou cinq ans qu’ils [les libéraux] ramènent encore», par exemple assurer l’approvisionnement en eau potable des communautés autochtones.

Pour Gabriel Ste-Marie, c’est plutôt le financement en santé qui est le grand oublié du plan de relance économique. «Il faut augmenter le financement de la santé, et de façon récurrente».

Ottawa ne contribue qu’à 21 % à 22 % des dépenses en santé, alors que ça devrait plutôt être 35 %, selon le député bloquiste.

Il salue l’inclusion de subventions pour les rénovations écoénergétiques dans l’énoncé économique, mais déplore l’absence d’un plan plus étoffé, qui aurait englobé tous les secteurs de l’économie et appliqué des cibles de carboneutralité contraignantes pour le gouvernement.

Pour Luc Berthold, au contraire, «ce n’est pas le temps de repenser différemment l’économie : c’est le temps de la repartir.»