Les Canadiens sont moins sensibles à la désinformation

Laurent Rigaux
Laurent Rigaux
Initiative de journalisme local - APF
Mais il ne faut pas baisser la garde.

Le coronavirus a été créé en laboratoire. C’est lié à la technologie 5G que l’on veut nous inoculer à travers un vaccin. Si vous pensez que tout cela est vrai, vous faites partie des 17,7 % de Canadiennes et de Canadiens qui croient aux théories du complot. Un chiffre bas comparé à d’autres pays, nous apprend une étude de l’Université de Sherbrooke.

Au Canada, près de 9 personnes sur 10 font confiance aux experts en santé publique. C’est plus qu’en Belgique, qu’aux Etats-Unis ou qu’à Hong-Kong. Ces statistiques ont été rendues publiques par des chercheurs de l’Université de Sherbrooke qui mènent, avec d’autres universitaires dans d’autres pays, une vaste étude sur «l’influence des stratégies de communication et des discours dans les médias sur la réponse psychologique et comportementale des populations à la COVID-19.»

Presqu’un Canadien sur cinq adhère aux théories du complot

En bref, ils se demandent comment nos gouvernements et nos experts communiquent, les médias relayent ces informations et le public perçoit ces messages. Pour mener cette étude, 8800 personnes ont été interrogées dans neuf pays : le Canada, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, la Belgique, l’Angleterre, la Suisse, Hong-Kong et les Philippines.

Il en ressort que les Canadiens font plus confiance à leur gouvernement (78,3 %) que les Américains (49,3 %) ou les Belges (48,4 %, un chiffre faible qui peut s’expliquer par la crise institutionnelle que traverse le pays depuis des années), mais moins que les Néo-Zélandais (83 %).

Cette confiance est à mettre en parallèle avec l’adhésion aux idées complotistes. Les chercheurs ont soumis les personnes interrogées à des théories du complot entendues depuis six mois, comme celle affirmant que l’industrie pharmaceutique serait impliquée dans la propagation du virus. Résultat : presque un Canadien sur cinq (17,7 %) adhère à ces théories. Un chiffre inquiétant, mais encore moins comparé à ceux d’autres pays : 34,7 % aux États-Unis, 35,9 % en Angleterre et 47,7 % aux Philippines.

Les jeunes, sources d’inquiétude

«Il s’agit de comprendre le cycle communicationnel des messages de santé publique et de voir comment la population y réagit», explique l’une des instigatrices de ce projet de recherche, spécialisée en communication, Marie Eve Carignan.

La chercheuse se dit préoccupée par les résultats chez les jeunes. Les premiers résultats de l’étude publiés cette semaine montrent que les Canadiens de 18 à 34 ans sont ceux qui adhèrent le plus aux idées complotistes. En lien avec la chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents, une étude plus précise sera menée dans les prochains mois sur les adolescents de 13 à 17 ans afin de mieux comprendre ce phénomène. «Ils retournent à l’école après 6 mois d’interruption, poursuit Marie-Ève Carignan. Nous menons cette étude pour élaborer des stratégies de lutte contre la désinformation».

Marie-Ève Carignan est professeure agrégée à l’Université de Sherbrooke (Québec), spécialiste en communication et directrice du Pôle Médias de la chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents.

Car si le complotisme (croire qu’une minorité active et caché est responsable d’un évènement) est un problème, les fausses nouvelles en sont un autre. Le virus n’est pas transmis dans les pays chauds, il n’infecte que les plus de 55 ans, il n’est pas plus dangereux que la grippe saisonnière, se pulvériser de l’alcool sur le corps peut le tuer… Autant d’informations fausses qui font mouche auprès de 11,5  % des Canadiens. Là encore, c’est moins que les Anglais, les Américains ou les Philippins, mais cela représente tout de même plus d’une personne sur 10 au pays.

L’anxiété conduit à chercher des réponses simples

Pourquoi les Canadiens auraient-ils plus confiance dans les experts et dans leur gouvernement que les autres? La capacité de vulgariser est essentielle et il y aurait un lien avec les allégeances politiques ou religieuses, selon la spécialiste. Les habitudes de consommation médiatique influent aussi sur la confiance.

Les gens qui lisent les journaux ou consultent les sites officiels, comme celui de l’OMS, ont davantage confiance que ceux qui s’informent sur les réseaux sociaux, rapporte Marie-Ève Carignan. «C’est un défi de former la population à comment bien se renseigner», analyse-t-elle. La spécialiste souligne aussi le défi pour les journalistes de «trouver le bon équilibre entre rapporter les informations officielles et mettre en doute, critiquer le pouvoir.»

Autre enseignement «contre intuitif» selon l’universitaire : les gens les plus anxieux qui ont peur de la maladie ou sont affectés financièrement adhèrent plus aux théories du complot. «Ils cherchent des réponses au moment où il y en a peu», estime Marie-Ève Carignan. L’équipe de recherche prévoit refaire la même étude dans les semaines à venir afin de vérifier l’évolution de ces statistiques alors que menace la seconde vague de la COVID-19.