Carol Hughes et Jagmeet Singh
Carol Hughes et Jagmeet Singh

Des commentaires ambigus qui ont fait réagir

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur

Avec l’aide de Mélanie Tremblay — Francopresse

Lors de son passage à Sudbury le 28 aout, le chef du Nouveau Parti démocratique fédéral, Jagmeet Singh, a fait un arrêt sur le campus de l’Université de Sudbury pour annoncer diverses mesures pour l’éducation postsecondaire. Il en a profité pour revenir sur les problèmes financiers de l’Université Laurentienne, mais une réponse a plutôt causé l’incrédulité des Franco-Ontariens.

ONfr+ a rapporté que le «chef du NPD ne se dit toutefois pas d’accord avec l’idée de transférer les programmes en français de l’Université Laurentienne vers celle de Sudbury».

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui appuie l’Université de Sudbury dans la transformation de sa raison d’être, a rapidement réagi sur Twitter. «La communauté [francophone] est claire : en restant à la [Laurentienne], la programmation de langue française va continuer son déclin. On veut une solution par et pour.»

Plus tard dans la journée, le NPD a été forcé de préciser sa position. En entrevue avec Francopresse, la candidate du parti dans la circonscription Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, Carol Hughes, a rectifié le tir. «Le NPD appuie les démarches qui sont en train d'être faites par l'Université de Sudbury et c'est certain que ce n’est pas à nous de dicter les programmes que l’Université Laurentienne et que l’Université de Sudbury offrent ou vont offrir. Alors je pense que c'est ça que les gens doivent réaliser; c'est que c'est vraiment la gouvernance académique qui décide, qui prend les décisions pour les programmes.»

En d’autres mots, Mme Hughes confirme que le gouvernement fédéral n’a pas le pouvoir d’intervenir dans la gouvernance des universités. Elle indique que le parti aimerait aussi voir une collaboration entre les universités pour trouver la façon d’offrir les meilleurs services par et pour les Franco-Ontariens. 

Si cette position est plus nuancée, plusieurs font remarquer que ce n’est pas un appui à ce que demandent clairement les Franco-Ontariens du Moyen-Nord.

Les candidats conservateurs de Nickel Belt et de Sudbury, Charles Humphrey et Ian Symington, se sont empressés de critiquer la position néodémocrate. «[M. Singh] ne semble pas comprendre que sa position prolongerait la précarité des études pour ceux qui ont été touchés par les coupures à l’Université Laurentienne.» Ils ajoutent appuyer le transfert des programmes en français de l’Université Laurentienne vers l’Université de Sudbury.

Lundi midi, c’était au tour de la Coalition nord-ontarienne pour une université de langue française de réagir dans une lettre ouverte envoyée à Jagmeet Singh. Dans la lettre, le porte-parole, Denis Constantineau, offre huit points de réflexion au chef du NPD pour repenser à sa position. 

Il rappelle entre autres que la demande est vieille d’une cinquantaine d’années, que la gestion des écoles a été positive pour le développement de la communauté, que les francophones ont été plus touchés par les coupures à la Laurentienne et que l’établissement fait l’objet d’enquêtes par le Bureau de l’ombudsman et de la Vérificatrice générale de l’Ontario.

«Vos commentaires ambigus ont durement affecté les membres de la communauté francophone de la région de Sudbury qui se battent avec acharnement depuis plus de 50 ans pour l’établissement d’une université de langue française dans le Nord ontarien, parce que le modèle actuel de bilinguisme institutionnel ne fonctionne pas pour la minorité», écrit Denis Constantineau.

Appuie aux étudiants

Depuis le début de la campagne, les partis politiques ont fait quelques promesses en lien avec l’éducation postsecondaire. 

Lors de son passage à Sudbury, le chef néodémocrate «s’est engagé à annuler jusqu’à 20 000 $ de dette de prêt étudiant, supprimer les intérêts sur les prêts fédéraux et doubler les bourses fédérales aux étudiant·es», peut-on lire dans le communiqué. 

Alors que le NPD n’a pas chiffré son aide aux universités francophones en milieu minoritaire, les députés conservateurs de la région rappellent que leur parti promet un total de 30 millions $ par année pour les établissements francophones postsecondaires en milieu minoritaire. 

Quelques jours avant le déclenchement des élections, le gouvernement libéral avait annoncé comment seraient distribués 121,6 millions $ sur trois ans aux mêmes établissements. Ce montant faisait partie du budget du gouvernement qui cherche à être réélu.