Déficit de 343 milliards, le gouvernement navigue à vue

Bruno Cournoyer Paquin
Francopresse
«Est-ce qu’on avait d’autres choix?» — Bill Morneau

Le gouvernement fédéral prévoit un déficit historique de 343,2 milliards $ pour l’exercice financier 2020-2021. Il s’agit du déficit budgétaire le plus important, relativement au PIB, depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le ministère des Finances souligne que l’extrême niveau d’incertitude engendré par la pandémie actuelle complique tout effort de prédiction. Les informations présentées dans la mise à jour économique doivent donc être interprétées comme un instantané de la situation économique, quatre mois après le début de la crise.

La prudence pour assurer la croissance

Si le dernier mois a vu une certaine reprise économique, avec un retour au travail sous le signe de la distanciation physique, il demeure que l’ampleur de cette reprise entraine un haut niveau d’incertitude.

Au Canada, le virus s’avère l’élément le plus volatil, aussi toute reprise économique dépend-elle d’une stratégie de contrôle du virus réussie. Une seconde vague, pendant la saison de la grippe, pourrait avoir des impacts catastrophiques sur l’économie en entrainant des mesures de reconfinement.

L’incertitude imposée par la COVID-19 amène le gouvernement à prôner une approche fiscale prudente pour gérer la dette. Le ministre des Finances compte se rabattre sur des emprunts à long terme à faible taux d’intérêt pour éponger la dette qui pourrait s’élever à 49 % du Produit intérieur brut (PIB).

En conférence de presse, le ministre des Finances, Bill Morneau, a confirmé qu’il étudiera l’évolution de la situation un mois à la fois avant de se prononcer fermement sur des projections économiques sur plusieurs exercices financiers.

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Un déficit historique

Le déficit passe de 34,4 milliards $ pour l’exercice financier 2019-2020 à un déficit anticipé de 343,2 milliards $ pour 2020-2021.

«La situation est sans doute plus sérieuse qu’on le pensait [...] Le directeur parlementaire du budget parlait d’autour de 250 milliards de dollars, et là c’est beaucoup plus que cela, autour de 350 milliards $. Ça s’explique par des pertes de revenu du gouvernement, donc on voit que la situation a été beaucoup plus difficile pour le gouvernement : des pertes en impôts, en taxes et autres revenus», analyse la professeure à l’École d’études politique de l’université d’Ottawa, Geneviève Tellier.

Le gouvernement a investi 236 milliards $ en mesures de soutien pour les particuliers et les entreprises, comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC). De plus, le choc économique entrainé par la crise a privé le gouvernement de 81,3 milliards $ en revenus.

Malgré l’importance de ce déficit, il ne faut pas s’alarmer outre mesure, estime Geneviève Tellier. «Le déficit reporte le fardeau sur plusieurs générations. C’est-à-dire que ce ne sont pas seulement les contribuables de cette année qui vont payer pour l’effort, mais c’est ceux des prochaines années aussi. Alors, la question est plutôt si cela est juste ou non… si c’est pour payer l’épicerie courante, probablement pas, mais si c’est pour investir pour que la situation revienne à la normale et que cela profite aux générations futures, alors oui… et ce n’est pas mauvais de répartir le fardeau dans le temps».

Le ministère des Finances souligne d’ailleurs que le Canada emprunte à des taux d’intérêt qui sont historiquement bas et que le déficit ne devrait pas affecter outre mesure le montant annuel que le Canada consacre au remboursement de sa dette.

D’autres choix?

Confronté à l’ampleur historique du déficit, le ministre Morneau s’est exclamé en conférence de presse : «Est-ce qu’on avait d’autres choix?».

Il soutient que la situation extraordinaire exigeait que le gouvernement agisse pour soutenir les citoyens et les entreprises canadiennes. Les investissements du gouvernement dans le contexte de la pandémie s’avéraient nécessaires pour assurer l’avenir, défend le ministre des Finances.

M. Morneau exclut, pour le moment, de sabrer les dépenses ou d’augmenter les impôts. Il a cependant évoqué la possibilité de revoir la PCU à la baisse, alors qu’au contraire la SSUC devrait être bonifiée pour encourager le retour au travail. Des détails à ce sujet devraient être annoncés dans les prochains jours. 

Le ministre se dit optimiste face à l’amorce de la relance économique, mais demeure prudent, car la situation évolue rapidement selon les développements liés à la COVID-19.

Une autre mise à jour économique est prévue à l’automne, où le gouvernement évalue qu’il sera en meilleure position pour déterminer s’il pourra oui ou non présenter un budget pour l’année 2020-2021.