Houda Zrelli
Houda Zrelli

Une guide pour les labyrinthes bureaucratiques

Julien Cayouette
Julien Cayouette
Le Voyageur
Services directs aux nouveaux arrivants

Le rôle de Houda Zrelli dans l’équipe de Services directs aux nouveaux arrivants est intimement lié à sa propre expérience d’intégration dans le Grand Sudbury. Les défis qu’elle a dû surmonter pour trouver les bons services et un emploi lui servent maintenant de leçon pour aiguiller les nouveaux immigrants.

Mme Zrelli est l’agente de liaison sociocommunautaire du service d’accueil du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury. Une de ses principales tâches est «d’aiguiller les nouveaux arrivants et les aider à naviguer dans le système de santé ici en Ontario».

Le poste de secrétaire médicale qu’elle occupait auparavant au Centre de santé faisait qu’elle était souvent l’un de premier contact de nouveaux arrivants. «J’ai vu qu’il y avait un besoin et que les nouveaux arrivants sont souvent perdus, surtout lorsqu’ils parlent juste une langue, le français.»

Son soutien inclut la recherche d’un médecin, mais aussi de dentistes, d’optométriste, etc. Les services en français et gratuits sont les plus en demande.

Elle donne un exemple : une prise de sang peut être tout un casse-tête pour les immigrants. Ils auront besoin de savoir où aller, mais peut-être aussi comment et où prendre l’autobus. Des choses qui peuvent sembler évidentes pour des résidents de longue date, mais mystérieuses pour des immigrants confrontés à un système de santé totalement différent de ce qu’ils ont connu dans leur pays d’origine.

«S’ils sont déprimés, ils ne savent même pas ce que ça veut dire “dépression”», illustre-t-elle.

Et ça ne s’arrête pas là. Elle peut fournir un service de traduction, d’interprétation ou d’accompagnement lors de rendez-vous. Elle aide aussi ceux qui ont besoin de remplir des formulaires pour un logement, pour un emploi, pour un service gouvernemental, etc. Elle organise aussi des jumelages avec des Canadiens d’origines ou des immigrants qui sont à Sudbury depuis au moins 10 ans.

À ses yeux, les bonnes relations et les suivis à plus long terme sont aussi très importants. «Aiguiller seulement, ça ne règle pas le problème, il faut aussi créer un lien avec [l’endroit] où tu vas l’aiguiller. Ça facilite beaucoup le travail.»

Donner une voix

Houda Zrelli vient de lancer une nouvelle activité. Le vendredi 4 décembre a eu lieu le premier thé-social pour les femmes. Pourquoi seulement pour les femmes? Parce qu’elle a détecté un besoin très particulier.

«J’ai remarqué que la femme nouvelle arrivante, elle est très discrète quand son mari est là. Elle ne parle pas, elle suit ce qu’il lui dit et parfois j’entends son mari lui dire ce qu’elle doit me dire.»

Son intention est donc de les laisser parler et d’exprimer leurs propres idées dans l’optique de l’égalité des sexes, qui est plus présente dans la mentalité canadienne. Un objectif d’éducation reste derrière l’activité aussi, avec des intervenantes qui pourront parler de sujets comme l’alimentation, la recherche d’emploi, etc.

L’agente a été surprise de la réponse positive à son idée. Elle remet ce succès au lien de confiance qu’elle peut rapidement créer avec les clientes, entre autres parce qu’elle est elle-même une immigrante et comprend bien leur situation.

Repartir à zéro

Comme beaucoup d’autres, Houda Zrelli n’a pas eu assez ou pas les bonnes informations avant d’arriver au Canada. Elle a donc été un peu surprise de ne pas pouvoir pratiquer son métier : infirmière. Son permis de travail ne servait à rien.

De plus, elle n’arrivait pas à trouver une garderie pour son fils de 3 ans. Elle s’est donc résignée à retourner en Tunisie pendant un an pour attendre qu’il puisse commencer l’école au Canada. À son retour, elle a rencontré une famille au parc qui lui a suggéré «d’effacer et de recommencer à zéro et ça, ç’a été la bonne façon».

Avec l’aide d’Options Emploi du Collège Boréal, elle a pu trouver un poste au Carrefour francophone qui lui a permis d’acquérir beaucoup d’expérience. Après un congé de maternité, elle a été embauchée comme secrétaire médicale au Centre de santé communautaire. Un emploi un peu plus près de son domaine et qui lui a donné les connaissances dont elle a besoin aujourd’hui pour guider les nouveaux arrivants dans le système de santé.

Même avant d’avoir un titre officiel, elle a personnellement aidé plusieurs nouveaux arrivants à s’installer et se faire une place. Elle se souvient d’une femme en particulier, maintenant une amie, qu’elle a appuyée pour la préparation de son curriculum jusqu’à l’obtention d’un emploi.

«C’est de là que c’est parti. J’adore faire ça. J’adore voir qu’il y a un résultat à la fin et c’est ça qui compte vraiment.»

Houda Zrelli parle avec sagesse de l’intégration et conseil aux nouveaux arrivants de découvrir la culture canadienne, de ne pas abandonner leur propre culture, mais de ne pas garder un attachement trop maladif non plus. «C’est un attachement qui peut faire mal en fin de compte. On doit être ouvert à toutes les cultures.»

Elle-même a intégré plusieurs fêtes canadiennes aux célébrations familiales, comme Noël et l’Halloween, qui ne sont traditionnellement pas fêtés par les musulmans. «C’est un moyen de rassemblement de famille, de s’amuser ensemble.»

De ce côté, elle croit que la petite communauté francophone de Sudbury offre un avantage pour l’intégration et donne la chance à plusieurs personnes compétentes de briller, même si les premiers pas peuvent être plus difficiles. Le système de santé ontarien est aussi très intéressant.

Par contre, il reste difficile de trouver un emploi, «pour certains, ça s’arrête seulement avec leur nom», ou un logement, surtout pour les familles nombreuses.